«C’est l’album qui surfe sur la beatlesmania et qui incarne plus que d’autres une certaine image du groupe, assez lisse et classique. Il illustre bien la fraîcheur, l’originalité et la spontanéité d’une formation qui vient de conquérir le monde. Les morceaux sont enregistrés pour la première fois sur un quatre-pistes, alors que le précédent avait été conçu sur un simple deux-pistes. Le disque est dominé par John Lennon puisque la plupart des compositions portent sa signature. On ressent dans ce deuxième enregistrement toute la force des Beatles, leur capacité à opérer une synthèse générale entre le rock’n’roll, le rhythm’n’blues et la variété internationale. De sorte qu’on retrouve ici les composantes importantes de la musique populaire anglo-saxonne.»

A Hard Day’s Night,1964

Rubber Soul,1965

Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band,1967

Abbey Road,1969

«Voilà l’album charnière. Les Beatles quittent les habits de gentils garçons, propres sur eux, pour entrer dans une musique plus approfondie et introspective. Il y a aussi une recherche sonore beaucoup plus poussée que par le passé et des qualités vocales supérieures. Mais surtout, on est face à une harmonie sonore solide. Pour la première fois les Beatles font preuve d’une cohérence artistique étonnante. On pourrait comparer ce disque à un bouquet de fleurs composé uniquement de roses rouges, en opposition à un album comme Revolver qui, lui, est un bouquet multicolore. Ici, on est face à une unité sonore, une unité vocale et une unité de production qu’on ne retrouvera nulle part ailleurs dans leur discographie. D’où la magie de cet album.»

«On ne peut pas passer à côté de ce grand chef-d’œuvre. On retrouve dans Sgt. Pepper’s… toutes sortes d’éléments musicaux déjà esquissés auparavant, à savoir le fox-trot des années 30, le music-hall, le rock’n’roll, la musique classique et, enfin, une influence puissante de la musique indienne, emmenée par George Harrison. On est face à un album-concept qui montre clairement que les anciens Beatles ont définitivement disparu, qu’on a changé d’époque. Le groupe est loin des tournées interminables et de l’hystérie collective. Il se mue en formation de studio, où il expérimente de nouveaux sons. Il se laisse pousser la moustache et il joue avec un visuel tout à fait novateur. Ce disque est une pierre blanche dans l’histoire du rock.»

«C’est un album très moderne. Dans la discographie des Beatles, il est sans doute le mieux construit et le plus influent de l’histoire du rock. Abbey Road voit notamment la consécration de George Harrison, qui jusque-là n’avait amené qu’une ou deux compositions par album. Là, le guitariste éclate au grand jour avec «Something» qui est devenu un grand hit. La face B est entièrement bâtie autour d’un collage unique de différents morceaux. Ce procédé, intriguant, est complètement nouveau pour l’époque. D’ailleurs le disque n’a pas vieilli, il garde, contrairement à d’autres albums des Beatles, une modernité intacte. Il était en avance sur son temps et il est toujours dans la course aujourd’hui, 40 ans plus tard.»