Raymond Lorétan, ancien ambassadeur

«La Suisse doit au minimum entreprendre une campagne d’explication sur le mécanisme de vote en vigueur au sein de la Confédération. Elle doit aussi détailler la portée du scrutin, qui interdit de construire des minarets, mais n’entrave ni l’édification de mosquées, ni la pratique de la religion musulmane. Ces démarches sont d’ailleurs en cours. A moyen terme cependant, la Suisse doit s’impliquer davantage dans le dialogue interreligieux, et dans le dialogue des civilisations au sens large. Car il ne s’agit pas simplement de redorer une image, mais d’aborder une question de fond: après avoir remis en cause la liberté religieuse, la Suisse doit se demander quel pays elle veut être.»

FrançoisNordmann, ancien ambassadeur

«Il faut d’abord expliquer la portée réelle du vote, montrer qu’il ne s’agit que d’une question de police des constructions portée au niveau institutionnel: on peut interdire la manifestation extérieure d’une religion, mais pas sa pratique. Il faut désormais multiplier les contacts et espérer que l’on nous entendra dans les pays étrangers et dans les arènes internationales. A l’avenir cependant, si la Cour européenne est appelée à trancher, la Suisse se retrouvera dans une position difficile, puisque les autorités devront plaider leur cause avec les arguments des initiants qu’ils rejettent.»

Martine Brunschwig Graf, siège à la Commission de politique extérieuredu Conseil national

«La Suisse doit répéter que le Conseil fédéral et le parlement s’opposaient à l’initiative. Parallèlement, il lui faut rappeler ce qu’implique concrètement un fonctionnement démocratique. Après les propos qu’il a tenus, le ministre Bernard Kouchner devrait se demander sur quel résultat un tel scrutin aurait débouché en France. La Confédération doit montrer que les conséquences réelles du vote sont presque inexistantes. Elle doit aussi mettre en avant les mesures d’intégration positive qu’elle pratique. Il est aussi nécessaire que les communautés musulmanes de Suisse s’organisent et se posent comme un interlocuteur privilégié des autorités.»