C'était une charge. Récemment sur France Inter, Alain Rey, l'expert du «mot de la fin», attaquait les télévisions en raison de leur propension à traiter en priorité les faits divers dans les journaux. Violences, histoires sordides mais isolées et peu parlantes, reportages chocs sur les malheurs des banlieues accapareraient les 20 heures au détriment des analyses et enquêtes de fond. Procès – légitime – aux télévisions qui fut déjà intenté durant la campagne électorale de ce printemps. Le hic, c'est que la même radio ne se prive pas, elle aussi, de glisser du fait divers insignifiant ou glauque dans ses informations. Le même jour où, vers 8 heures, Alain Rey formulait sa critique, les flashs qui suivaient étaient occupés par une dépêche racontant le viol et le meurtre d'une jeune femme dont le corps fut retrouvé «carbonisé». Le fait est épouvantable, sa répétition à chaque séquence d'information le rend encore plus tragique. La question n'est pas de savoir s'il faut taire ce genre d'infos: mais dans ce registre, la radio occupe une place particulière par le fait de sa consommation massive, tout au long de la journée, et parfois dans un cadre familial. Les habitués des stations de radio connaissent bien ces redoutables questions que les enfants peuvent poser à l'écoute de tels flashs d'information (c'est quoi violée?, etc.). Ce média n'a certainement pas le caractère spectaculaire que possède l'image télévisée, mais les mots ont aussi leur poids et leur impact.