Il y a dix ans, la population du plateau du Jorat, dans le canton de Vaud, protestait avec vigueur contre l'implantation dans sa région de quatre nouveaux émetteurs à ondes courtes pour Radio Suisse Internationale (SRI), à proximité des installations de Sottens. Après plusieurs mois de lutte, le projet était abandonné. Depuis, la Suisse a peu à peu laissé tomber les ondes courtes: le puissant émetteur de Schwarzenburg et les installations de Sarnen, Lenk et Beromünster ont été fermés; seul subsiste l'émetteur de Sottens. SRI l'utilise toujours pour diffuser une partie de ses programmes vers l'outre-mer (en employant également d'autres émetteurs à l'étranger, notamment en Allemagne, en Guyane française et à Singapour), mais elle fait surtout appel actuellement aux satellites, notamment sur l'Europe. Depuis quelques semaines, la radio dispose également d'un site Internet particulier (www.swissinfo.org) qui pourrait bien devenir dans les prochaines années son principal support de diffusion.

Cette évolution inquiète le personnel. Dans une lettre adressée le 11 mai dernier au Conseil fédéral, les collaborateurs de la radio écrivent: «Nous ne sommes pas opposés à Internet. Certes, ce média doit faire partie intégrante d'une entreprise de communication moderne, mais il ne doit pas être développé au détriment de la radio, ni devenir l'unique vecteur d'information. N'oublions pas que la radio est de toute façon accessible au public, alors que le public ne peut bénéficier d'Internet qu'à partir du moment où il dispose de la technologie nécessaire.»

Le personnel a en effet l'impression que les ondes courtes seront très prochainement abandonnées et s'oppose à cette évolution. Selon lui, il existe «un public fidèle à travers le monde: plus de 1000 lettres par mois témoignent de cette fidélité. SRI n'émet pas du tout dans un «trou noir» comme le prétend notre directeur général.» D'autre part, les journalistes de la radio craignent qu'une évolution tous azimuts vers le Web aille de pair avec une réduction de la partie programme. Certains vont même jusqu'à prêter à Armin Walpen, directeur général de la SSR, l'intention de transformer SRI en une simple coquille, vidée de sa substance actuelle et transformée en un simple site Internet pour toute la SSR.

Directeur de SRI depuis le 1er mai, Nicolas Lombard – un ancien de la maison où il est entré en 1966 – affirme pour sa part qu'il est «prématuré de dire que les ondes courtes vont disparaître à court terme, même si nous avons réduit depuis quelques années le nombre d'émetteurs». Financièrement, cette réduction a permis à SRI de faire de substantielles économies: si, à l'époque, la transmission par ondes courtes coûtait 28 millions de francs, aujourd'hui, la facture a été divisée par deux, soit entre 12 et 13 millions, ce qui représente tout de même un tiers du budget de SRI. A titre de comparaison, la diffusion par satellites coûte dix fois moins cher.

Pour Nicolas Lombard, le développement du site Web de SRI est une chance pour la radio et correspond tout à fait au public visé. «Nos auditeurs appartiennent à une certaine élite, à l'intelligentsia. Ce sont des leaders d'opinion. Et ces gens-là seront les premiers à être sur le Net.

Par ailleurs, nous ne pouvons pas nous contenter d'offrir du texte, il faut également leur proposer du son et des images. Tout cela nécessite du travail journalistique. Il n'est donc pas question de réduire la partie programme, bien au contraire. Il faudra simplement que le personnel s'adapte à ce nouveau média.»

Le directeur de SRI est d'ailleurs assez fier que sa chaîne ait été choisie par la direction générale de la SSR comme centre de compétence Web pour toute l'entreprise publique. «Nous allons coordonner la présence SSR sur le Net par l'intermédiaire de notre site swissinfo.org.» Poursuivant la mission historique de SRI, ce site doit devenir la «voix de la Suisse» à l'étranger. «Chaque unité d'entreprise de la SSR conservera son propre site, mais le nôtre fonctionnera comme une sorte de base de données centrale», explique Nicolas Lombard.

«Internet ne doit pas être développé au détriment de la radio, ni devenir l'unique vecteur d'information»

Ce dernier relève par ailleurs que la présence sur Internet devrait permettre de justifier encore mieux la concession octroyée à SRI lors de son renouvellement en 2002. Au sein de la direction générale de la SSR, au lieu de condamner SRI, on va même jusqu'à dire que le Web permettra de sauver la radio.

De toute façon, SRI se doit de faire des économies. Au départ, Armin Walpen souhaitait qu'elle épargne 3,8 millions de francs. Il se contentera de 2,5 millions en l'an 2000. «Aucun licenciement n'est cependant prévu, relève Nicolas Lombard. Nous allons utiliser une réserve stratégique qui était prévue pour un développement dans la télévision, qui n'est plus à l'ordre du jour.» Pour la suite, tout dépendra du groupe de travail qui travaille actuellement sur la stratégie future de SRI et qui doit remettre son rapport à la direction générale de la SSR à la fin du mois de juillet. De son côté, le personnel regrette que ce groupe de travail ne comprenne aucun représentant de la partie programme.