Forum de Glion, jeudi 31 octobre, un des participants se tourne vers Gilles Marchand, directeur de la TSR: «Je te signale que depuis que la SSR ne diffuse plus toutes les chaînes nationales partout, je ne paie plus ma redevance…» Un sourire, une légère moue ironique et une réponse: «Qu'est-ce que tu veux que je te dise…» Cet instantané de dialogue stigmatise un problème, certes récurrent du service public – encaisser la redevance – mais aussi un épiphénomène lié à la récente suspension par la SSR de la diffusion de l'ensemble de ses programmes sur tout le territoire. En attendant le passage au numérique et sauf à s'équiper d'un décodeur ou d'être câblés, quelque 10 000 foyers – chiffres de la SSR – ne reçoivent plus les programmes des autres régions linguistiques. Une opération qui a suscité critiques et polémiques jusqu'au sein du parlement et du Conseil fédéral.

L'Office fédéral de la communication (Ofcom) confirme le phénomène mais sans pouvoir le chiffrer. Il se base sur les nombreuses lettres et téléphones de réclamation. Mais affirme que «ça s'est bien calmé». Chez Billag, filiale de Swisscom chargée d'encaisser la redevance, on affirme par contre ne pas avoir ressenti ce phénomène de refus. Et Jonny Kopp, porte-parole, d'avancer les chiffres: «Sur les trois millions de foyers environ assujettis à la redevance, les resquilleurs sont entre 7 et 8%». Ils étaient 8 à 9% en 2000. Des chiffres similaires à ceux des autres pays européens.

Effet induit ou non, Billag vient de lancer une nouvelle campagne de spots pour rappeler que la redevance est obligatoire. Innovation pour 2002, la campagne n'est pas nationale, car «c'est très difficile que le message passe partout de la même manière», explique Josefa Haas, porte-parole de SRG SSR idée suisse. A chaque région linguistique donc ses spots, selon «sa sensibilité et sa mentalité».

«Payer sa redevance, c'est garantir sa différence» est celui auquel ont droit les Romands dans un spot basé sur le morphing (sans jamais quitter l'image, la personne à l'écran mue très vite, passant de l'adolescent boutonneux à la ménagère de moins de 50 ans, à la jeune fille BCBG etc.). Ce message «philosophique et esthétique», selon le porte-parole de Billag, est le résultat d'un concours lancé par la TSR. «Nous avons reçu une soixantaine de propositions, raconte Cédric Herbez, son producteur. Le jury en a retenu trois et les a présentées à Billag, qui a retenu celui-ci.» La RSR s'est associée à l'opération. Elle a conservé la bande-son en la retravaillant légèrement. «Nous trouvions nécessaire qu'auditeurs et téléspectateurs romands entendent le même message partout», explique Blaise Duc, responsable de la communication.

Unité de ton donc en Romandie – et au Tessin – versus pluralité en Suisse alémanique. Radio et télévision ont chacune élaboré leur propre campagne. Et celle de SF DRS percute. La télévision publique alémanique a en effet fait appel aux satiristes Walter Andreas Müller et Birgit Steinecker. Célèbre pour ses parodies politiques le duo propose six spots caricaturant chacun un couple «alémanique»: de la mère et son fils aux quadras branchés zurichois, en passant par les quinquas au lit ou le couple de «beauf». «Au début, on a eu un peu peur que cette ironie crée des malentendus, sourit le porte-parole de Billag. Cela ne semble pas le cas. Nous n'avons pas enregistré de réaction négative.» Une absence de réaction que Josefa Haas confirme et interprète positivement: «Les gens protestent que quand ils n'adhèrent pas aux messages.» Quant au budget de la campagne, prévue pour durer jusqu'à la fin de l'année: Billag et SSR se renvoient la balle, pour finalement expliquer, chez Billag, «que l'on ne communique pas ce chiffre», et à la SSR, «qu'il s'agit d'un échange de prestations. Nous réalisons ces spots en échange des flyers que Billag joint aux bulletins de paiement».

Pour convaincre les resquilleurs, Billag n'agit pas seulement via la publicité. La société entame aussi quelque 45 000 procédures de poursuites par année et emploie sur le terrain une centaine de «conseillers». Tous sauf un (celui qui couvre le Tessin) travaillent à temps partiel et sont généralement payés à la commission (quelques dizaines de francs par «clients»). Ils sont entre 15 et 20 en Suisse romande. Leur mission: sonner chez les «suspects» et les convaincre de s'inscrire et de payer la redevance (lire ci-contre). Contrairement aux anciens contrôleurs des PTT – lorsque celle-ci encaissait la redevance – ces «conseillers» ne sont pas autorisés à entrer dans les foyers. En cas de soupçon de fraude ou de refus de payer déclaré, et «après un certain nombre d'échanges de courrier», précise Jonny Kopp, c'est l'Ofcom qui prend le relais. Ses inspecteurs eux sont autorisés à pénétrer dans les appartements, à facturer rétroactivement «l'oubli», voir à fixer des amendes. Elles peuvent aller de 100 à 5000 francs.