Davantage encore que le monde musulman, en fête religieuse, ce sont les pays voisins et les Européens qui ont réagi le plus vigoureusement au vote sur les minarets.

A commencer par le Conseil de l’Europe, organe que préside la Suisse depuis le 18 novembre pour un semestre. La présidente de son Assemblée parlementaire, Lluis Maria de Puig, s’est déclarée «très préoccupée»: «Loin de permettre de s’attaquer aux sources du phénomène de l’intégrisme, cette décision risque d’encourager des sentiments d’exclusion et d’approfondir les clivages existant dans nos sociétés.» Le secrétaire général de l’organisation, Thorbjørn Jagland, s’interroge pour sa part sur la pratique des référendums populaires lorsque le sujet relève des droits fondamentaux.

Les pays de l’Union européenne ont pour leur part déploré que ce vote puisse être perçu dans le monde musulman comme une stigmatisation de l’islam. «C’est l’expression d’un préjugé et peut-être même d’une peur, mais il est clair qu’il s’agit à tous égards d’un signe négatif», a déclaré le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, dont le pays assure la présidence de l’UE.

A l’inverse, comme la Ligue du Nord en Italie (lire ci-contre), le parti d’extrême droite néerlandais Parti pour la liberté de Geert Wilders appelle à un même référendum aux Pays-Bas.

Dans un autre registre, le Vatican évoque une «entrave [à] la liberté de religion», tout en reconnaissant l’existence d’un «sentiment d’aversion et de peur».

L’ONU étudie pour sa part la conformité de l’interdiction des minarets avec le droit international. Des experts sont en train d’examiner le cas, selon un porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Dès dimanche soir, le grand Mufti d’Egypte, Ali Gomaa, avait dénoncé une «insulte» pour tous les musulmans tout en demandant à ses coreligionnaires de ne pas politiser l’affaire. Le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu, qui s’était récemment dit disposé à intercéder pour la Suisse dans l’affaire des otages en Libye, s’est déclaré lundi «déçu et préoccupé» par la «recrudescence des incitations anti-islamiques en Europe».

La Nahdlatul Ulama, principale organisation musulmane d’Indonésie, plus grand pays musulman au monde, y voit de son côté un signe de «haine» et d’«intolérance» tout en appelant à «ne pas réagir avec excès». Un influent dignitaire religieux chiite libanais, l’ayatollah Fadlallah, a encore dénoncé un vote «destiné à inciter au racisme contre les musulmans en Occident».