On nous l'avait promis: l'agonie du millénaire finissant redonnerait du punch à une spiritualité alanguie par l'optimisme capitaliste d'un XXe siècle à la morale alambiquée. Une année à peine avant la fin du siècle, lassés peut-être d'annoncer le grand retour du religieux, les médias ont choisi de s'en faire les porte-parole. Du coup, dans les kiosques, c'est le débarquement: Samsara, Actualité des religions et bientôt Spirituel, autant de magazines qui conjuguent désormais les religions en couleur, sur papier glacé. Tandis que, sur le petit écran, Voix bouddhistes, l'émission dominicale de France 2, s'apprête à faire des émules.

Réflexion et humour

«La mondialisation touche même le religieux, explique Jean-Paul Guetny, rédacteur en chef du mensuel Actualité des religions dont le troisième numéro sort cette semaine. Nous vivons aujourd'hui dans une société pluriculturelle. Nous sommes dès lors de plus en plus souvent en contact avec des religions que nous ne connaissons pas. En parler répond à un besoin des lecteurs. Nous essayons de le faire sans prosélytisme et sans jugement, en donnant aussi bien la parole à des musulmans et à des chrétiens qu'à des juifs et à des bouddhistes.»

Un défi d'autant plus louable qu'Actualité des religions est édité par un groupe de presse catholique. Jusqu'à la fin de l'année dernière, cette publication, alors nommée Actualité religieuse, s'affichait comme une revue œcuménique offrant un point de vue tout imprégné de catholicisme. Elle n'était alors vendue que par abonnement. Trois mois plus tard, le journal a fait place à une ligne rédactionnelle digne des grands magazines d'actualité mélangeant dossiers, reportages, réflexion et même un brin d'humour. Le tout agrémenté de questions décapantes: Jésus est-il chrétien? Réincarnation et résurrection veulent-elles dire la même chose? Les femmes peuvent-elles atteindre l'Eveil? Sans parler d'une foule de nouvelles originales. On y découvre ainsi qu'un imam algérien a prononcé une fatwa contre Coca-Cola; que Sony a décroché l'exclusivité du premier CD de Jean Paul II qui mêle sa voix à des musiques du monde; que la nouvelle étoile du rock brésilien est un prêtre en fonctions et qu'à Jérusalem, certains juifs orthodoxes accrochent leur téléphone cellulaire sur le Mur des Lamentations pour permettre à leurs amis étrangers de prier à distance. La revue a gardé ses 30 000 abonnés mais se vend désormais en kiosque: 15 700 exemplaires en janvier, dont deux cents seulement en Suisse. Un début.

L'arrivée il y a à peine plus d'une année de Samsara – un magazine français entièrement consacré au bouddhisme – répond elle aussi à une demande: l'année dernière en France, il est sorti un livre sur le bouddhisme par jour ouvrable! Quant à l'Union bouddhiste de France, elle estime à près de 800 000 le nombre de personne touchées par la bouddhamania dans l'Hexagone, dont 100 000 Français. Parmi eux, Jean-Pierre Chambraud, rédacteur en chef et éditeur de cette nouvelle revue aujourd'hui vendue à 40 000 exemplaires par numéro, dont un millier en Suisse. «Il y a quelques années, le bouddhisme se confinait à une élite intellectuelle genre Rive gauche à Paris, explique-t-il. Aujourd'hui, nos lecteurs ne sont pas forcément des bouddhistes mais des personnes curieuses, intéressées par la philosophie et les médecines traditionnelles.» Là encore, la revue se veut moderne, ouverte et fait une place considérable à l'art, aux voyages et aux témoignages. Tout en laissant une brèche ouverte à l'ésotérisme. A titre anecdotique, quarante exemplaires de Samsara ont été vendus en terre musulmane et Radio Vatican lui a consacré une émission. De quoi réjouir son initiateur qui s'apprête aujourd'hui à lancer Spirituel, un magazine consacré aux rites et croyances des peuples du monde. On y découvrira aussi bien la tradition vaudoue que l'histoire des chants grégoriens. Et même, dans le premier numéro, un entretien avec le général Morillon, «un monsieur très croyant, partagé entre son rôle d'homme de la paix et de soldat».

A la télévision, la France a innové en lançant en janvier 1997, l'émission Voix bouddhistes. Malgré sa diffusion le dimanche à l'aube, 200 000 personnes la suivent régulièrement. Au point que les écoles bouddhistes d'Europe rêvent aujourd'hui de créer une chaîne thématique via satellite qui diffuserait des émissions quotidiennes sur la spiritualité et le bouddhisme. «Je tire les ficelles de ce lobby, admet le réalisateur français Philippe Ronce. Mais, dans l'immédiat, je crois davantage à la nécessité de produire un magazine des religions pour les chaînes publiques.» Le concept est déjà sur pied. Il ne lui reste plus qu'à trouver preneur.