Lucie, ado fribourgeoise de 16 ans tuée par un récidiviste, déjà condamné en 2003 pour une tentative de meurtre sur une jeune femme: l’indignation est à son comble.

Lundi soir, le 19:30 de la TSR a consacré près de dix minutes au fait divers sanglant en ouverture, relatant la vive émotion à Fribourg et à Bulle. Des témoignages poignants ont été relayés par la télévision, comme ceux du directeur du collège de Lucie, de sa meilleure amie, de ses camarades ou du conseiller d’Etat en charge du dossier, Erwin Jutzet, d’une gravité effrayante, comme sonné par une nouvelle à laquelle il semblait à peine croire.

«Le meurtrier a-t-il été relâché trop vite?» se demandent la Tribune de Genève et 24 heures: «Autant que la mort de Lucie, le fait que son meurtrier ait déjà essayé de tuer une femme en 2003 fait scandale dans les forums de discussion qui fleurissent sur le Net. Comment se fait-il qu’une personne sortie de prison en août dernier, et déjà condamnée pour une tentative de meurtre, puisse récidiver quelques mois après sa sortie? Pourquoi ne contrôle-t-on pas les faits et gestes de telles personnes après leur remise en liberté?» Lors de sa première condamnation, des experts psychiatres avaient évalué la nécessité de prononcer une mesure d’internement. Mais la justice y avait renoncé, a indiqué lundi le juge d’alors, Peter Turnherr, à l’émission 10 vor 10 de la télévision alémanique SF. «La justice est encore trop souple avec ce genre de personnes!» fulmine un internaute sur le site internet Facebook, relayé par les deux quotidiens lémaniques.

Sur Facebook, justement, les témoignages de sympathie se comptent par centaines, et le commentaire général sur cette triste affaire est sans appel, mais sans hargne non plus: «Mourir si jeune est injuste. Il faut absolument qu’un système d’alerte enlèvement soit mis en place au plus vite, pour que ceci ne se répète plus jamais. Maintenant place au deuil, puis ensuite à la justice qui ne devra pas être légère.»

«Facebook à défaut d’alerte enlèvement», constate aussi La Gruyère: «Après celui de la famille d’accueil, un deuxième groupe s’était constitué [sur le Net], samedi, pour contribuer à la recherche de Lucie. Ses responsables affirment l’avoir lancé en l’absence d’un système d’alerte enlèvement. Le groupe «Aidez-nous à retrouver Lucie Trezzini! Helft uns Lucie wieder zu finden!!» [a] été créé […] à l’initiative d’une proche de la famille. En vingt-quatre heures, 10 000 personnes y [ont] adhéré. [Lundi] matin, ils étaient 30 000 et, en fin de journée, bien après l’annonce du décès de la jeune fille, leur nombre avait grimpé à près de 45 000. La démarche n’a pas laissé indifférents les parents de Lucie, puisque sa maman a elle-même déposé un message pour exprimer sa reconnaissance.»

Le Blick se pose aussi LA question du jour: «Pourquoi […] était-il libre de ses mouvements?» Il interroge en vidéo un psychologue, Thomas Steiner, qui tente de répondre aux questions sans réponse immédiate: mais comment une telle horreur est-elle possible? comment un homme peut-il en arriver là?

La jeune victime faisait partie des quelque 700 adolescentes suisses que l’association Pro Filia place chaque année comme jeunes filles au pair dans le pays. Dans La Liberté, «Marguerite Gatzi, présidente de l’association nationale, avoue être sous le choc: «En 113 ans d’existence, nous n’avons jamais connu un tel drame.» L’association a contribué à l’enquête en fournissant à la police les numéros des jeunes filles fribourgeoises également placées en Suisse alémanique et qui connaissaient Lucie.»

L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, M gr  Bernard Genoud, célébrera les obsèques. Il n’a pas caché lui non plus à quel point il se sentait concerné, en réponse à la question de savoir s’il existait une réponse théologique à une tragédie comme celle-ci. Dans un entretien sur divers sujets accordé mardi matin à La Première de RSR, il a déclaré: «C’est moi qui ai baptisé cette petite.»