Exploration

Retour sous les eaux du Léman

Deux sous-marins russes ont donné mardi le coup d’envoi d’une ambitieuse campagne de recherche

L’Américain Don Walsh et le Russe Anatoly Sagalevitch réunis dans un même submersible. Et ce en compagnie du Suisse Bertrand Piccard, fils de Jacques et petit-fils d’Auguste. C’est là pour tous les amoureux de prouesses sous-marines un spectacle de rêve. Or cette rencontre des légendes a eu lieu mardi entre Lausanne et Evian, au premier jour de la campagne d’exploration du lac par deux sous-marins Mir (LT du 10.06.2011).

En provenance du Bouveret où ils possèdent leur port d’attache, les submersibles sont arrivés sur le site à bord d’une barge et ont plongé chacun à son tour en fin de matinée. Mir-1, occupé par Walsh, Sagalevitch et Piccard, a pratiquement atteint le plancher du Léman à près de 300 mètres de profondeur. Mir-2 est descendu découvrir l’épave d’un vieux vapeur, le Rhône, en emportant un ponte de l’exploration polaire russe, Arthur Tchilingarov, ainsi que le mécène de la campagne, le président de la société pharmaceutique Ferring et consul honoraire de Russie à Lausanne, Frederik Paulsen.

Les organisateurs ont tenu à célébrer l’événement en grande pompe. A l’instant même où les submersibles plongeaient dans le lac, un bateau de la Compagnie générale de navigation (CGN) spécialement affrété pour l’occasion a embarqué à Ouchy quelque 180 invités et une vingtaine de journalistes. Après s’être dirigé vers ­Lavaux, le bâtiment a dessiné un long virage pour repasser devant Lausanne et gagner le centre du Léman jusqu’à la fameuse barge. A bord, entre airs d’orchestre et cliquetis de verres, un maître de cérémonie a profité de la croisière pour présenter la campagne d’exploration et interviewer certains de ses principaux acteurs, dont Patrick Aebischer, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’institution chargée de coordonner les recherches.

Enfin, le bâtiment est arrivé aux abords de la barge. Tous les regards se sont alors tournés vers la surface de l’eau dans l’espoir de voir en surgir les submersibles. Quelques minutes encore et, au milieu d’une nuée de canots à moteur blancs, une tache de couleur s’est dessinée à la surface des flots. Il était 12h45. Mir-1 était remonté à la surface.

Une demi-heure de manœu­vres ont suivi, au cours desquelles un mécanicien est monté sur le sous-marin pour y attacher un filin et l’aider à se rapprocher lentement de la barge. Puis une grue a tiré l’engin hors de l’eau centimètre par centimètre pour le déposer sur une plate-forme. Enfin, deux hommes sont montés sur la coque afin d’ouvrir une écoutille et d’en extraire les passagers au milieu des mugissements de sirène et des applaudissements des invités.

«Cela me rappelle de nombreux moments passés avec mon père, a commenté Bertrand Piccard, sitôt débarqué sur le bateau de la CGN. J’ai plongé à bord des deux sous-marins qu’il a conçus pour le Léman, soit deux fois avec l’Auguste-Piccard en 1964 et à plusieurs reprises avec le F.-A. Forel des années plus tard. Je suis heureux de constater que la recherche scientifique à bord de submersibles se poursuit aujourd’hui dans le lac.»

Un autre invité a senti l’émotion monter en lui. Jean-François Rubin, président du Conseil de fondation de la Maison de la Rivière, a plongé plus que nul autre avec Jacques Piccard dans le Léman. Et à l’heure où les Mir attirent l’attention, il a tenu à rappeler les belles aventures du sous-marin suisse de poche.

Tout en louant les performances des submersibles russes capables de descendre à 6000 mètres de profondeur, Jean-François Rubin a rappelé mardi que le F.-A. Forel avait lui aussi de grandes qualités, à commencer par la simplicité. «Il suffisait de cinq personnes pour en tirer le meilleur parti, confie-t-il, un pilote, deux passagers et deux aides à bord d’une petite embarcation. Et comme l’engin, une fois émergé, se tenait assez haut sur l’eau, il était très facile d’en sortir.»

De retour à Lausanne, les invités se sont éparpillés sur les quais en milieu d’après-midi. L’un des plus rapides a sans doute été Bertrand Piccard, pressé de rejoindre son avion solaire en vol entre Bruxelles et Paris. Un autre défi.

Du côté des Mir, la fête est maintenant finie. L’heure est à la recherche. Des scientifiques de l’Université de Genève et de l’Institut de recherche aquatique Eawag commencent ce mercredi à explorer les canyons du Rhône, un ensemble de falaises formées par le fleuve au fond du Léman. Leurs objectifs: mieux comprendre comment ces formations se sont créées et mesurer la quantité de méthane qui s’échappe de ces structures suite à la décomposition de la matière organique.

Des scientifiques commencent ce mercredi à sillonner les canyons du Rhône

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