Il reste encore seize mois jusqu'aux prochaines élections fédérales, mais déjà, la SSR voit poindre un problème assez délicat. Un problème qui touche à son identité même, à son «idée suisse» et, plus largement, à la question de la cohésion nationale: le soir des élections, faudra-t-il émettre depuis Berne ou depuis Zurich?

A chaque renouvellement du parlement, les trois chaînes de l'audiovisuel public organisent une grande soirée télévisée où les ténors des partis viennent commenter les résultats. Traditionnellement, cette émission du dimanche soir se déroulait dans la Berne fédérale. Mais en 1995, pour des raisons de convenance technique, elle avait été organisée dans les studios zurichois de la toute-puissante DRS. Un peu vexés, les journalistes romands et tessinois avaient alors dû faire le chemin de Zurich pour avoir une chance d'interviewer les dirigeants des grands partis. Cette soirée à vocation nationale semblait avoir été conçue pour le public alémanique en priorité. «Il ne nous restait plus qu'à occuper les strapontins», dit un journaliste de la chaîne romande. Au sein de la SSR, certaine minorité latine n'avait pas apprécié l'empreinte de Zurich sur cette émission fédérale par essence.

Trois ans plus tard, le problème ressurgit dans les mêmes termes. La chaîne alémanique souhaite organiser la soirée électorale d'octobre 1999 dans ses studios zurichois, plus vastes et plus pratiques que ceux la capitale politique. Mais Philippe Mottaz n'est pas d'accord et tient à le faire savoir: «J'ai proposé que cette soirée se déroule à Berne, cela me paraît symboliquement important, il en va de notre responsabilité» dit le responsable de l'info de la TSR.

La direction de la SSR est dans l'embarras. Elle qui affiche fièrement ses contributions à la cohésion nationale sous l'alibi «Idée Suisse», peut-elle, dans le même temps, centraliser les soirées parlementaires dans la capitale économique parce que c'est «plus pratique»? La décision doit être prise aujourd'hui à l'occasion d'une réunion. Guillaume Chenevière risque de s'y trouver bien seul. Les Tessinois se montrent en effet beaucoup plus flexibles que leurs confrères romands. «Peu importe l'endroit de la diffusion, du moment qu'il s'agit d'une émission clairement nationale, présentée sous l'égide de la SSR, déclare Michele Fazioli, rédacteur en chef de la chaîne tessinoise. Il faut savoir que le Palais fédéral est complètement vide le week-end, c'est une capitale virtuelle. Organiser la soirée là-bas aurait quelque chose d'artificiel.»

La DRS tient évidemment le même discours, pour des raisons qui ne sont pas seulement pratiques. Elle sait que sa rivale privée TeleZuri prépare une soirée concurrente, sur les bords de la Limmatt, le soir des élections. Les ténors politiques pourraient être tentés de s'y rendre. Berne est tout de même à une bonne heure de route de Zurich.