1. Quand on découvre que Noël est un gâchis à 25 milliards de dollars

Selon l’économiste Joël Waldfogel, 25 milliards de dollars sont mal distribués chaque année dans les échanges de cadeaux ratés, qu’il qualifie de «terrible façon de répartir les ressources». Une théorie développée dans son livre Scroogenomics: Why You Shouldn’t Buy Presents for the Holidays (pourquoi vous ne devriez pas acheter de cadeaux pour les fêtes) paru en 2009.

Comment explique-t-il ce gâchis? Les cadeaux sont souvent offerts de manière un peu automatique sans connaissance réelle des goûts du destinataire. Le présent est donc sous-évalué: «Si on m’offre un cadeau à 50 dollars, je vais en estimer la valeur entre 35 à 43 dollars», explique Joël Waldfogel. En moyenne, les présents génèrent 20% de satisfaction en moins que les produits que nous achetons pour nous-mêmes. Le bracelet ou le pull que je m’achète me fera donc presque toujours plus plaisir que si c’est ma grand-tante qui me l’offre. La fin d’une illusion?

 

2. Quand on piste les revendeurs de cadeaux sur Ricardo.ch

Pour consoler tous les déçus, outre les plateformes généralistes de vente en ligne, de nombreux sites spécialisés dans la revente de cadeaux ont fleuri: parmi eux, vendre-ses-cadeaux.fr ou mon-cadeau-est-a-vendre.com. Sur Ricardo.ch, la plus grande plateforme suisse de commerce en ligne, on constate également le phénomène. Le site n’a pas d’onglet destiné à la revente de cadeaux, mais peu importe: après Noël, de nombreux internautes choisissent la plateforme suisse pour vendre leurs nouveaux biens. Mais quels sont ces affreux cadeaux dont on cherche à se débarrasser?

Simon Marquard, responsable de la communication de Ricardo.ch, pointe que pendant les fêtes, des produits de luxe comme les cigares, le vin et les montres sont beaucoup revendus, tout comme les cravates et les parfums. Mais nous voulons aller voir par nous-mêmes. Nous avons récupéré la liste des annonces mises en ligne entre le 26 et le 29 décembre dernier, soit environ 6000 annonces sur le canton de Genève. Que nous apprennent ces données? D’abord, que l’on peut acheter sur Ricardo.ch une belle Porsche pour 13000 francs. Il reste à voir si elle roule. Ensuite, que si on compare avec les données que nous a transmises Ricardo pour la période de novembre à mi-décembre, on remarque après Noël une surreprésentation des ventes de vêtements et de téléphones portables. En revanche, les DVD, qui sont les produits les plus vendus le reste de l’année, sont un peu moins représentées. Les ventes qui se font pendant les fêtes sont bien d’une nature différente, mais rien ne prouve que les vêtements et les téléphones portables revendus sont des cadeaux de Noël.

 

3. Quand on s’étonne que les vendeurs ne soient pas ceux que l’on croit

Mais qui se cache derrière ces ventes? Toujours avec les données de Ricardo.ch, nous voyons que les 6000 annonces parues sur ces trois derniers jours ont été postées par seulement 500 vendeurs, et que 190 d’entre eux ont vendu au moins deux objets en trois jours. Des «serials vendeurs» en quelque sorte, pour qui la vente en ligne n’est pas une activité occasionnelle et spontanée, des quasi-professionnels qui sont même spécialisés par domaine, en timbres, en coques de téléphones portables ou encore en vêtements féminins.

Autre indice qui va dans le même sens: la date d’inscription de ces vendeurs sur Ricardo.ch s’échelonne sur l’année entière et non pas sur décembre en particulier. Leur adhésion au site n’était donc pas motivée par Noël.

 

4. Quand les mathématiques expliquent notre passage à l’acte

Revendre ses cadeaux demande de dépasser une certaine culpabilité. Les mathématiques permettent d’expliquer ce passage à l’acte.

Luis Santos Pinto, Professeur ordinaire au Département d’économétrie et d’économie politique à l’Université de Lausanne, constate que la décision de revendre ses cadeaux plutôt que de les laisser s’empoussiérer au fond d’un placard peut s’expliquer par une formule: v = u + s. V représente la valeur de chaque cadeau, définie par deux composantes: u, la valeur estimée du cadeau sur le marché et s, sa valeur sentimentale, subjective.

«Si j’offre à ma femme un collier de perle, elle le considérera probablement comme précieux tant pour sa valeur marchande -elle peut le revendre cher- que pour sa valeur sentimentale», explique Luis Santos Pinto. «Si je lui offre un cadre avec une photo de nous, sa valeur sentimentale sera très haute mais sa valeur marchande quasiment nulle».

La formule permet donc de théoriser la manière dont le consommateur pèse inconsciemment le pour et le contre. C’est en tenant compte de cette double valeur, réelle et sentimentale, que le destinataire va choisir de revendre: il estime alors la valeur de son cadeau suffisamment faible pour trouver la vente avantageuse même si l’objet est revendu moins cher que son prix initial. «Un cas fréquent lorsque ceux qui s’offrent des cadeaux se connaissent peu», précise Luis Santos Pinto.

 

5. Quand on croit que la carte cadeau est LA solution ultime

Une mauvaise répartition des ressources due à un mauvais choix de cadeau: de quoi expliquer que les consommateurs se tournent de plus en plus fréquemment vers les cartes cadeaux ou l’argent cash. Mais, selon Luis Santos Pinto, l’argent cash ne représente pas la solution: il n’a qu’une très faible valeur sentimentale et crée parfois un sentiment d’inégalité sociale. La carte cadeau, l’ultime solution de s’assurer que son cadeau ne finira pas en ligne? Même pas: sur le site esioox.com, la carte cadeau s’échange ou se revend.