Chronique d'une disparition annoncée: le conseil d'administration du Matin – le petit dernier de la presse quotidienne belge – a voté ce lundi à l'unanimité la dissolution de la société éditrice. Né le 24 mars 1998 sur les cendres de deux quotidiens régionaux de Wallonie (La Wallonie et Le Peuple), Le Matin, qui se voulait à la fois wallon, de gauche et indépendant, n'aura jamais réussi à atteindre le seuil de rentabilité. Malgré une démarche novatrice – parfois dérangeante – tranchant avec le reste du paysage médiatique belge, les ventes sont restées en deçà de la barre des 8000 exemplaires. Il est vrai que le quotidien cumulait les paradoxes. De gauche et laïc, il comptait l'évêché de Namur parmi ses principaux actionnaires. Indépendant, il dépendait très largement de l'aide publique que lui accordait la Communauté française. Très wallon, il lui arrivait de négliger la capitale du pays.

Le 24 septembre 1999, un an et demi après la création du titre, la société éditrice, BLC Média, se voit accorder un concordat par le Tribunal de commerce de Liège. Fin décembre, c'est le dépôt de bilan. Le journal renaît cependant une première fois, grâce à l'entrée dans le capital de France Soir et une aide de la Région wallonne. Dix journalistes sur 60 doivent quitter la maison. En juin 2000, Le Matin paraît à nouveau après une période d'absence. En format tabloïd, cette fois, et avec un apport rédactionnel important provenant de Paris.

Mais après la reprise, en décembre dernier, de France Soir par la société italienne Poligrafici Editoriale, un groupe milanais, éditeur de journaux régionaux (Il Giorno, Il resto del Carlino, La Nazione), la fin est annoncée. Les Italiens avaient d'emblée annoncé qu'ils ne conserveraient pas leur participation dans le quotidien belge. Avec la disparition du Matin, c'est le dernier quotidien belge officiellement engagé à gauche qui disparaît, du côté francophone.