Le tournage d'Opération Robinson, version française de Survivor, devait s'effectuer dans la plus grande discrétion. Pour cela, l'équipe d'Adventure line production, la firme française qui réalise le programme, a sélectionné Koh Rok, une petite île de la mer d'Andaman près de la côte sud de la Thaïlande. Toute fuite sur les conditions du jeu, toute présence d'un observateur extérieur risquait de retirer par avance le sel de cette émission de suspens (les candidats s'auto-éliminent au fur et à mesure, ndlr.) qui doit être diffusée en 13 épisodes sur TF1.

Ainsi, l'ambassade de France à Bangkok a été priée de ne pas divulguer les coordonnées de l'équipe de tournage. Contacté par téléphone, un membre de celle-ci refuse catégoriquement la venue d'un journaliste sur le tournage – qui a commencé le 1er février – ou même de donner quelque détail que ce soit sur son déroulement. Mais le secret a volé en éclat vendredi dernier quand un petit groupe d'écologistes de Krabi, une station balnéaire proche de Koh Rok, s'est offusqué de n'avoir pas été mis au courant du tournage.

Déjà chauffés à blanc il y a deux ans lors du tournage du film La plage avec Leonardo DiCaprio sur l'île voisine de Pi Pi Leh, les écologistes rappellent que l'une des plus belles plages du pays a été «fortement abîmée». Ils craignent un remake avec Opération Robinson. «Pourquoi ne nous ont-ils pas informés? Nous avons le droit de savoir. C'est mon pays, mon île. Je souhaite la bienvenue au film, mais si le tournage détruit les dunes ou oblige à couper les arbres, je suis contre», explique Prasertpong Sorn-Nuwat, l'un des leaders de la contestation.

Caution de 200 000 francs

Echaudées par l'affaire de La plage, les autorités thaïlandaises ont voulu prendre cette fois-ci de solides garanties. «Nous ne voulons aucune altération. Notre politique est: filmer dans l'état où c'est», rappelle Sittichai Chaiyan, secrétaire du comité gouvernemental qui a approuvé le tournage. Adventure line production n'aurait pu construire que quelques cabanes en bois (pour les candidats) et ériger un mat en bambou soutenant un drapeau. «Des structures très simples, faciles à démonter. Tout doit revenir à la normale à la fin du tournage», affirme-t-il. L'équipe française aurait aussi versé une caution de 5 millions de bahts (environ 200 000 francs) au Département forestier en cas d'éventuelle destruction de l'environnement, ainsi qu'une donation d'un million de bahts (40 000 francs) pour un projet immobilier touristique local. Mais pour Sittichai Chaiyan, l'argent est marginal: «Ce programme est une bonne promotion pour le tourisme en Thaïlande. Il va montrer au monde que nous avons de belles ressources naturelles, que nous en prenons soin et que nous désirons aussi en faire profiter les étrangers.»

Tout cela ne suffit toutefois pas à apaiser le groupe – pour l'instant fort réduit – d'écologistes en révolte. Prasertpong Sorn-Nuwat envisage l'organisation de manifestations à proximité du lieu de tournage. Si l'écolo de Krabi et ses amis vont de l'avant, Opération Robinson pourrait bien se transformer alors en «Opération Fort Alamo».