Tout en demi-teintes, des pastels nostalgiques aux fluos agressifs, Viva sur la TSR m'a fait revivre un siècle d'adolescence. Celle de Suisses célèbres ayant vécu «l'âge bête» entre les années 20 et 80. Celle de deux Valaisans d'aujourd'hui, mordus d'informatique. Et la mienne, par projection.

Ce camaïeu de reportages, éclairé par la palpable compassion du psychiatre Gérard Salem, m'a appris que ces années ont longtemps été considérées par la société comme un no man's land, une période où l'on n'existe pas vraiment. Même si la douleur d'être est bien réelle. Le plus émouvant était d'entendre le docteur Salem dire qu'il n'est pas possible de réussir ou de rater son adolescence, que cette période entre deux âges est et doit être. Car l'important est ce qu'on en fera, plus tard. «Et garder au fond des yeux, à l'âge adulte, cette étincelle de rébellion.» Viva montrait aussi qu'il n'y a rien de plus triste, chez l'individu, que le conformisme: celui des deux jeunes d'aujourd'hui, qui rêvent de devenir chefs de start-up à 16 ans, ou celui des «shibuya girls» de Tokyo, qui mettent couche après couche des conventions sur leur visage, juste pour faire croire qu'elles existent. Et qu'en réalité, l'âge de l'adolescence est celui du romantisme. Comme l'entendaient les écrivains allemands.