Si vous étiez un paysage?

Une falaise, moment de rupture, lieu de rencontre, où l’eau parle à la terre, où le vent dit son mot et s’échappe.

Celui qui donne des cauchemars?

La plaine sans limite, sans histoire, sans vie. Une route la traverse, sans fin.

Le paysage de votre enfance?

Les Franches-Montagnes, libres montagnes, en dessus, ailleurs, qui effacent tout, lavent de tout, ouvrent à tout.

La ville qui vous fait rêver?

La ville où les statues ont tout vu, cruautés, trahisons, amours, oùl’on peut faire l’archéologie de nos vanités et prendre la mesure des rêves enfouis. Rome, ville-monde.

La campagne, oui, mais en quelle saison?

Les saisons? Des moments, plutôt. Quand, après la violence de l’été, la lumière devient plus fragile donc plus précieuse, ou quand, plus tard, on voit revenir la vie.

Pour voyager immédiatement: un port, une gare, un aéroport?

La rue du Jura qui passe devant chez moi, le chemin qui m’entraîne.

Redessinez votre paysage rêvé!

Des lieux, plutôt. Ceux qui célèbrent la vie, ceux qui pleurent les morts: le jardin de l’Institut suisse de Rome, la place des Herbes à Uzès, Tipasa, Lourtier, le cimetière du Caire, les autres qui font entrer en moi un peu de la vérité du monde.

Ce qui manque à votre paysage quotidien?

L’écume lumineuse de la Méditerranée, le bruit de l’eau.

Propos recueillis par François Modoux