«Nous sommes sur la bonne voie pour gagner le combat contre la criminalité.» La conseillère d’Etat Isabel Rochat ne craint pas d’afficher un optimisme certain en évoquant les défis posés à Genève par la délinquance transfrontalière. Présente aux côtés de la ministre libérale, la hiérarchie de la police se montre plus prudente et avoue même une certaine impuissance lorsqu’il s’agit d’arrêter ou de poursuivre un nouveau genre de braqueurs surarmés et prêts à tous les excès de violence.

Le thème des hold-up et autres agressions perpétrés non loin de la frontière s’est invité à la conférence de presse consacrée au bilan, voire à l’héritage de feu l’opération Figaro (lire ci-dessous).

C’est la cheffe du Département de la police, de la sécurité et de l’environnement (DSPE) qui a estimé essentiel de conclure avec ce sujet après un mois de décembre «chahuté» et marqué notamment par la fusillade de Thônex et l’attaque à l’explosif d’un autre bureau de change. Avec une question centrale et non résolue: comment lutter efficacement contre ces bandits, petits et grands, qui ont 100 kilomètres de frontières à leur disposition.

D’emblée, la ministre a tenu à défendre Schengen même si le contrôle systématique des frontières a été abandonné. De toute manière, seuls 3% des passages étaient filtrés avant l’entrée en vigueur de l’accord. «Les avantages vont bien au-delà des inconvénients», relève Isabel Rochat, en faisant par exemple référence au système d’informations SIS. Une banque de données qui répertorie les objets volés et les personnes recherchées. «Les différentes autorités de Suisse adressent en moyenne 183 000 demandes par jour.» Enfin, la grande criminalité n’a pas attendu Schengen, a ajouté la conseillère d’Etat, pour venir s’en prendre à des cibles privilégiées. Le phénomène est cyclique. Il était tout aussi important dans les années 80, avant de baisser et de remonter en flèche.

En étant d’avis que le contrôle des frontières – toujours possible en cas de soupçon – n’a jamais arrêté les braqueurs les plus déterminés, la ministre voit malgré tout d’un bon œil la mise à disposition immédiate par la Confédération de 10 gardes-frontière supplémentaires et l’augmentation à terme du contingent. «Leur mission première n’est pas la sécurité mais leur présence est un atout important en matière de prévention», précise la libérale.

Les réponses à cette criminalité, conclut Isabel Rochat, passent par une coopération renforcée avec la police française. «En 2010, plusieurs tentatives ont été déjouées grâce à ces échanges d’informations. Cette collaboration a permis d’anticiper des coups et de remonter des filières.»

Une anticipation que la police genevoise appelle de ses vœux, tant la confrontation avec ces adeptes de la mitraillette semble redoutée. «Nous avons eu un débriefing très poussé après la fusillade de Thônex pour savoir comment les choses ont fonctionné. La chance ne sera pas toujours de la partie et il nous faut réfléchir aux moyens de faire face à ces criminels», explique la cheffe de la police. Monica Bonfanti a reçu, pas plus tard que vendredi, la visite du responsable de la police judiciaire de Lyon afin de travailler au mieux. «Nous devons collaborer au jour le jour, car notre clientèle est la même.»

La hiérarchie compte mettre la main sur les coupables grâce à un travail d’enquête. «Il est souvent trop dangereux d’intervenir au moment du hold-up», souligne la cheffe. Les policiers lyonnais ont d’ailleurs aussi renoncé à affronter en pleine rue des malfrats armés jusqu’aux dents.

Même la poursuite de ces délinquants devient impossible. «Ils ont des voitures trop puissantes pour pouvoir être pris en chasse. Cela serait de toute manière trop risqué», précise de son côté le commissaire Alain Berger, responsable du tout nouveau poste de police intégré des Pâquis.

C’est ainsi que certains malfaiteurs repérés ont pu s’enfuir en forçant la douane lors de l’opération Blocus qui a mobilisé 16 inspecteurs et 100 gendarmes sur certaines zones frontières, à des heures sensibles et avec des informations venant de France. Au final, cette opération aura permis l’arrestation d’un cambrioleur qui passait là avec son petit butin. Pas vraiment la cible recherchée. Le combat est loin d’être remporté.

«Il est souvent trop dangereux pour la police d’intervenir au moment du hold-up»