La patience était déjà la vertu première des vingt millions d'internautes chinois. Mais depuis vendredi, elle est plus que jamais de mise. La paralysie s'est emparée de leur monde virtuel. A huit heures du matin ce jour-là, le principal câble sous-marin en fibre optique reliant Shanghai à la côte ouest des Etats-Unis a été rompu pour une raison encore inconnue. Du même coup, cinq millions de Taïwanais restaient durant treize heures sans ressources devant leur écran d'ordinateur. Les effets de la coupure se sont également fait ressentir à Hongkong et jusqu'à Singapour.

Le câble, propriété de China Telecom et d'un consortium international, transporte 20% du trafic Internet entre la Chine et les Etats-Unis. Un navire câblier de Nippon Telephone a quitté ce week-end le port de Yokohama pour réparer l'avarie qui se situe à mi-chemin entre Shanghai et les côtes japonaises. Selon China Telecom, il faudra attendre le 23 février pour réunir les deux bouts du tuyau probablement sectionné par les chaluts d'un navire de pêche, bien qu'on ne puisse pas écarter l'hypothèse d'une morsure de requin.

Les internautes taïwanais, hongkongais et de Singapour n'ont pas été longtemps coupés du monde. Le flux des informations du Net a pu être redirigé vers d'autres liaisons, câbles ou satellite. En Chine continentale, par contre, le trafic des données demeure extrêmement lent, voire impossible vers des sites étrangers. Des sites chinois utilisant des serveurs américains connaissent le même problème, malgré le ton rassurant de China Telecom expliquant qu'il existe plusieurs câbles reliant la Chine aux Etats-Unis.

Contrairement à l'opérateur taïwanais Chunghwa Telecom, également touché, le leader de la téléphonie chinoise qui prévoit son entrée en Bourse cette année à New York et Hongkong pour une valeur de plusieurs milliards de dollars, ne prévoit pas de compenser les utilisateurs pour les pertes subies. Les dommages économiques sont difficiles à évaluer, mais un expert estime qu'ils pourraient être importants pour les sites dont les tarifs publicitaires se basent sur le nombre de pages lues.

L'incident rappelle opportunément les limites techniques du Net aux autorités chinoises alors que celles-ci fondent d'énormes espoirs sur le «e-business» pour développer les échanges commerciaux de la Chine ses prochaines années. «Tout cela nous parle de la technologie de l'information: or elle peut être mise à genou par un simple requin», notait ce week-end un responsable hongkongais d'une entreprise de recherche sur Internet.