Dans les jours à venir, le destin de World Radio Geneva, (WRG-FM, 88.4), la radio destinée à la communauté anglophone de la région lémanique, devrait être scellé. Le scénario est simple: si la BBC accepte la proposition qui lui est faite d'entrer dans le capital de la radio, en lieu et place de Reuters, et si la Confédération donne derechef son feu vert, WRG continuera à émettre. En cas de refus, de l'un ou de l'autre, ou en cas d'ouverture d'une procédure de consultation par le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC), WRG mettra sans doute la clef sous le paillasson.

Certains collaborateurs de la station auraient déjà fait leur choix et opté pour le départ. Ce que dément Pietro Ribi, membre de la direction de Radio Suisse Internationale (SRI) et directeur à temps partiel de WRG. «C'est une question de marché, ils se sont vu offrir des jobs largement mieux rémunérés», affirme-t-il.

Fondée en 1995 par la SSR et l'agence de presse Reuters (42,5% des actions chacune), WRG est au bénéfice d'une concession de 10 ans. Selon les sondages officiels de la SSR, et sans compter les auditeurs anglophones, la station disposerait d'environ 18 300 auditeurs dans sa zone de diffusion en Suisse, dont 11 300 de manière quotidienne. En englobant les anglophones et la France voisine, «nous arrivons à 35 000 auditeurs quotidiens et 58 000 en audience générale. Cela correspond grosso modo à la moitié de la communauté anglophone de la région», précise Pietro Ribi. Doté d'un budget d'environ 2 millions de francs, WRG emploie 13 personnes.

Malgré ces résultats d'audience et la progression de ses recettes publicitaires, la station n'a jamais réussi à passer dans les chiffres noirs. Elle a aussi été secouée par diverses crises. Au printemps 1998, déjà, elle avait dû revoir à la baisse ses prétentions. Plusieurs collaborateurs avaient été licenciés. Début 1999, c'était au tour de son directeur, Michael Hedges, de s'en aller, remplacé par Pietro Ribi.

La même année, «Reuters nous faisait savoir qu'ils ne voulaient plus continuer afin de se recentrer sur leur core activity», explique Nicolas Lombard, directeur de SRI et président du Conseil d'administration de WRG. Mais la Confédération avait mis son veto à la solution qui lui était proposée. Elle ne voulait pas d'une SSR actionnaire principale. «On était dans l'impasse», commente Nicolas Lombard. Retour à la case départ et remise de l'ouvrage sur le métier.

Les autres actionnaires de WRG (Société du Journal de Genève et Gazette de Lausanne, Genève Place financière, la communauté anglophone représentée par Community Service Association) n'ayant pas les moyens de reprendre les parts de Reuters, il fallait trouver un autre partenaire: en l'occurrence la BBC, qui depuis 1998 collabore déjà largement avec la station en lui fournissant quotidiennement plusieurs bulletins et journaux d'information. Les modalités de l'accord sont fixées. Le Board of Directors, la plus haute instance du service public britannique, doit donner son aval dans les jours à venir. Autre réforme envisagée, ce ne serait plus SRI qui, au nom de la SSR, «chapeauterait» la station mais la Radio Suisse Romande. «Nous continuerons cependant de lui fournir des produits antenne suisse», précise Nicolas Lombard. Une Assemblée générale est convoquée pour le 29 janvier.

Décision imminente

Comme l'exige la loi, l'Ofcom a été informé du projet, mais pour l'heure «le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC) n'a pas encore décidé s'il allait ou non ouvrir une procédure de consultation auprès des milieux professionnels des médias en Suisse», explique Pierre Smolik, porte-parole de l'Ofcom. La décision elle aussi serait une question de quelques jours. Etant donné le profil du potentiel nouvel actionnaire (diffuseur de service public étranger), les questions que son arrivée soulève quant au respect de la lettre et de l'esprit de la concession accordée à WRG et les grandes batailles en cours au niveau de l'audiovisuel en Suisse, il semble acquis que le DETEC opte pour l'ouverture de cette procédure de consultation. Celle-ci pourrait alors réveiller les passions autour du rôle de la SSR dans le paysage radiophonique suisse. Le projet d'alliance avec la BBC ne manquera pas de susciter critiques et oppositions, certaines privilégiant le scénario de la vente de WRG à un diffuseur purement privé. Plusieurs grands groupes radio étrangers sont intéressés à s'implanter en Suisse. «Il faudra compter au minimum deux mois avant qu'une décision ne tombe», rappelle Pierre Smolik, porte-parole de l'Ofcom, un délai d'attente, que selon certaines sources, WRG n'est pas en mesure de supporter.