La nouvelle série de la TSR aurait pu s'appeler Urgences à la montagne. C'était d'ailleurs le pari de ce feuilleton de six épisodes: transposer le rythme et la trame dramaturgique de la série hospitalière américaine Urgences dans un décor montagnard. A quelques détails près (une musique de supermarché et une direction d'acteurs qui flotte un peu sur les premiers épisodes), le résultat est assez convaincant. Les Alémaniques et les Tessinois ont déjà décidé de traduire les premiers épisodes.

L'histoire a pour centre la base d'Air Sauvetage et son équipe: Gaspard Rouge, le guide (Maxime Leroux), Xavier, le pilote d'hélicoptère (Laurent Deshusses), Fred, le stagiaire (Xavier Thiam) et Diane, le médecin (Pascale Rocard). Si la vie professionnelle des personnages nourrit la série (montagne, stress, hôpital), leur vie privée, fêlée, à l'image de celle des héros du Cook County Hospital, fait aussi l'intérêt de Sauvetage.

Le concept de la série est né de l'imaginaire de la comédienne Pascale Rocard et du réalisateur Pierre-Antoine Hiroz. Mais il est inspiré de l'expérience de la «Maison du sauvetage», basée à Sion. Cette institution, proche d'Air Glacier, centralise les secours en haute montagne valaisanne. La production s'est d'ailleurs installée sur une des bases d'Air Glacier, à Colombey, près de Monthey.

Les auteurs, français, se sont nourris des rencontres avec les membres de la «Maison du sauvetage». «Pour une scénariste, c'est rare de pouvoir travailler avec des personnes en chair et en os», souligne Jeanne Le Guillou, une des deux auteurs. Jacques Richon, médecin, et Pierre Bellaieff, directeur d'Air Glacier, ont ainsi joué le rôle de consultants, histoire de coller au plus près de la réalité du travail des sauveteurs. «Nous avons eu des discussions à bâtons rompus, raconte Jeanne Le Guillou. Leurs anecdotes ont nourri mon écriture. Mais ils ont aussi été d'une grande aide pour comprendre les lieux. Nous avons par exemple travaillé juste après les grandes avalanches de l'hiver 99. Pour moi, une Parisienne, cela faisait un sujet à intégrer dans la série. Mais eux n'arrivaient simplement pas à en parler. J'ai découvert des personnes d'une pudeur terrible. Une rencontre fascinante.» Sauvetage n'est cependant pas une série strictement montagnarde et les personnages se retrouvent souvent dans des lieux situés en ville. «Nous ne voulions pas nous déconnecter de l'univers urbain», explique Thierry Lassalle, l'autre scénariste, médecin de formation (né à Genève, il a travaillé deux ans à l'Hôpital cantonal).

Après la sitcom en janvier (Les Pique meuron), la TSR investit, avec Sauvetage, un format qu'elle n'avait plus pratiqué depuis une dizaine d'années (La Vierge noire). «La télévision est un art de la récurrence, explique Philippe Berthet, responsable de la fiction de la TSR. Un téléfilm, on n'en parle plus après sa diffusion. La série et la sitcom ont une durée de vie plus longue. Ils nous permettent de savoir si le public nous suit.» Produire une série de 52 minutes, avec tournage en extérieurs, est coûteux: un million de francs par épisode. «Votre télévision» a donc dû s'associer à France 2 et à Alya, une boîte parisienne, pour produire Sauvetage. «Personne aujourd'hui n'arrive à financer seul ses propres fictions, souligne Raymond Vouillamoz, directeur des programmes. Les Américains, alors qu'ils étaient à 100% il y a dix ans, ne se financent qu'à 70%. Ils passent par des préventes à l'étranger.» Avec la deuxième chaîne française, la TSR a donc trouvé un partenaire providentiel qui a fourni deux tiers du budget. Un apport important qui justifie que les Français ont contrôlé l'écriture de Sauvetage en apportant leurs scénaristes. La TSR, elle, à assuré la production exécutive.

Pour France 2, la proposition de la TSR tombait à pic: après avoir produit plusieurs polars, la chaîne cherchait à développer des séries mettant en scène des personnages de la société civile pour meubler ses vendredis soirs, dédiés à la fiction. Deux séries ont été produites dans cet esprit: La Crèche et Décollage immédiat. Aucune n'a rencontré le succès. Sauvetage est donc la dernière. France 2 n'a pas encore décidé de date pour sa diffusion. «D'ici à la fin de l'été», promet Laurence Bachman, nouvelle directrice de la fiction de la chaîne française et responsable d'Alya au moment de la production de Sauvetage. Mais Laurence Bachman ne cache pas que la stratégie définie par son prédécesseur de produire des séries «civiles» en 52 minutes ne la convainc pas. Selon elle, ce genre de sujet supporterait mieux un format dit «unitaire», de 90 minutes. Lors de son passage sur France 2, Sauvetage pourrait d'ailleurs lui ausi passer en format 90 minutes.

La TSR, de son côté, attend la décision française avec impatience. Enthousiaste, elle est en effet repartie dans la production des épisodes 7 à 10. Seule, cette fois. Un risque financier que la SSR pourrait amoindrir. Armin Walpen lui-même, selon Philippe Berthet, aurait apprécié la série au point de promettre d'y engager l'entreprise qu'il dirige. France 2 achètera si le résultat lui plaît. Deux scénaristes suisses basés à Paris se sont collés à l'écriture de ces nouveaux épisodes: Claudio et Maya Todeschini. Ils sont actuellement en repérages alors que les épisodes 7 et 8 sont en tournage.