Le professeur d’économie George Sheldon est l’auteur de nombreuses études sur les effets de la libre circulation sur la Suisse. Dans une interview parue dans la «Basler Zeitung» de samedi, il analyse le oui à l’initiative UDC sous l’angle d’une décision «prise avec le ventre parce que toutes les statistiques montrent que la Suisse profite massivement de l’immigration». Il estime qu’après l’acceptation de l’initiative sur l’immigration, la Suisse «n’a pas besoin de salaire minimum». La Suisse votera prochainement sur une initiative des syndicats qui veut introduire un salaire minimum à 4000 francs.

«La Suisse aura toujours moinss besoin de recruter une main d’oeuvre bon marché». L’idée selon laquelle la Suisse serait submergée par une vague migratoire est «complètement fausse», à son avis. «L’immigration est motivée par la demande et celle-ci sera toujours plus faible pour la main d’oeuvre peu ou non qualifiée», selon ce spécialiste du marché du travail.

L’initiative sur le salaire minimum sera «une fois de plus émotionnelle et les faits auront de la peine à s’imposer», regrette George Sheldon. Il pense toutefois que «celui qui a voté pour l’initiative UDC devrait dire plutôt non à l’initiative sur le salaire minimum».

L’économiste critique une initiative syndicale parce que ce serait «un mauvais instrument contre la pauvreté». Il préfère l’idée d’un crédit fiscal pour les personnes en difficultés. En outre à 4000 francs, le salaire minimum suisse serait à un niveau record. En général, un salaire minimum se situe entre un tiers et la moitié du salaire médian. Or, en Suisse, il serait aux deux tiers du salaire médian, argumente-t-il. Le salaire minimum «augmenterait le chômage dans les branches où il est déjà le plus élevé», selon l’économiste. Comme les jeunes socialistes avec l’initiative 1:12 et l’UDC avec l’initiative sur l’immigration, les syndicats «veulent avant tout montrer qui ils sont», selon le Bâlois.

La logique voudrait, à son avis, que les mesures d’accompagnement soient inutiles en cas d’introduction d’un contingent de la main d’oeuvre étrangère. Car «un système de contingent accorde par nature la priorité à la main d’oeuvre domestique». L’entreprise ne peut engager un employé venu de lk’étranger que s’il n’a pas trouvé une personne adéquate dans le pays. Il ne se fait d’ailleurs guère de soucis pour les entreprises dans leur quête de salariés étrangers. Mais il promet une bataille des groupes d’intérêts pour obtenir la main d’oeuvre désirée.

Par contre ,il n’a «aucune solution» permettant à la Suisse de résoudre le problème créé avec l’Union européenne.