Comme il l'avait déjà promis en campagne électorale, Silvio Berlusconi a de nouveau évoqué vendredi dernier la privatisation éventuelle de deux des trois chaînes publiques de la RAI. Revenu au pouvoir en mai dernier, le magnat de la communication, propriétaire entre autres des trois principales télévisions privées de la péninsule, a ainsi laissé entendre qu'il pourrait accéder à l'un des souhaits d'une partie de l'opposition.

Le centre gauche estime en effet nécessaire de rompre l'actuel duopole (RAI-groupe Berlusconi) et de favoriser l'émergence de nouvelles chaînes privées en mesure de concurrencer la toute-puissance des télévisions du Cavaliere, en particulier sur le marché publicitaire. Selon de nombreux responsables de la gauche, une privatisation partielle de la RAI constituerait également un moyen de favoriser le pluralisme télévisé, les trois chaînes publiques étant encore sous le contrôle de la majorité politique au Parlement. Néanmoins la promesse de Silvio Berlusconi a été assortie de tant de précautions qu'elle pourrait ne constituer qu'un effet d'annonce. «On peut envisager de vendre deux chaînes publiques, mais pas de les brader», a ainsi insisté le président du Conseil qui a ajouté: «Il faudra qu'on étudie les délais de cette opération, en prenant aussi en considération les autres privatisations.»

Autant dire que la dénationalisation de deux des trois chaînes RAI pourrait être renvoyée aux calendes grecques. De même qu'un réel règlement du conflit d'intérêts entre les fonctions publiques de Silvio Berlusconi et ses intérêts privés. En attendant, le numéro un italien prétend que ses sociétés sont pénalisées par son engagement politique: «Dans de nombreuses situations, elles ne peuvent se développer correctement parce que leur fondateur a des responsabilités gouvernementales.» Il soutient également que l'actuelle direction de la RAI présidée par Roberto Zaccaria est intervenue de manière partisane, contre lui, durant la dernière campagne électorale. «Malgré cela nous avons laissé la direction en place» a-t-il déclaré.

«Berlusconi joue au persécuté…» a ironisé Paolo Gentiloni l'un des responsables de l'opposition rappelant que le mandat normal de la direction de la RAI n'arrive à son terme qu'en février prochain. «Par chance, il ne reste plus que deux mois à attendre pour le départ de l'actuel conseil d'administration et de Roberto Zaccaria», a de son côté déclaré le ministre des Communications Maurizio Gasparri (Alliance Nationale), n'hésitant pas à s'en prendre à la vie privée du président de la RAI en ironisant publiquement sur le temps libre qu'il aura, après février, pour se consacrer à l'une de ses amies actrices.