Comme son nom l'indique, le téléréfractaire n'est pas précisément ce qu'on pourrait appeler un «téléphage». Ce serait même plutôt le contraire. Le genre à ne pas reconnaître Jean-Philippe Rapp dans la rue, ou à prendre Massimo Lorenzi pour un footballeur du Marie-Claire spécial encarté dans L'Equipe. Or, le téléréfractaire n'ayant vraiment rien d'autre à faire ce lundi-là, le voici zappeur plein de bonne volonté.

Par chance, la lucarne fait son cinéma et, curieusement, ne propose pas que des navets. Le téléréfractaire procède donc par élimination. Les caprices d'un fleuve sur TSR1? Ruiné par la «petite explication de texte» d'Ariane Ferrier. Zap. Fantômas sur F3? Vu et revu jadis. Zap. Sailor et Lula sur M6? La VF va à Lynch aussi bien que le morse à un roman de Duras. Zap. Les films de Ferran et Jarmusch sur Arte? Le téléréfractaire va encore passer pour un élitiste qui ne supporte que la chaîne franco-allemande. Zap.

Renonçant au ciné, il se tourne vers TSR 2, toute chamboulée par la visite-éclair de Clinton. Il y découvre un hommage à Sinatra. Beau document. Sobre. Un rien court quand même, puisqu'on n'y présente que «les belles années, 1943-1965» du crooner. Le téléréfractaire se dit que l'appellation a quelque chose de perfide: les belles années en supposent d'autres pas très folichonnes. Il imagine un Sinatra: les moches années (de 1965 à 1998, ça en fait un certain nombre), avec des ragots sur ses prétendues affinités maffieuses et autres joyeusetés. Et il se dit que le petit écran n'est jamais aussi civilisé que lorsqu'il joue les croque-morts.