C'est pareil lors de chaque week-end de votations ou d'élections. Alors qu'en France, auditeurs et téléspectateurs sont inondés de «fourchettes» dès la fermeture des derniers bureaux de vote à 20 h, en Suisse, les premières tendances se font attendre plus longtemps. Et pourtant, les bureaux de vote ferment la plupart du temps à midi. Ainsi, dimanche, certains auditeurs se sont étonnés de n'avoir à 13 h qu'une seule tendance, celle concernant l'abolition de la clause cantonale pour le Conseil fédéral.

«A cette heure-là, nous n'avions pas encore de tendances concernant les deux autres objets, explique le politologue Claude Longchamp, directeur de l'institut bernois GfS qui travaille pour la SSR. Nous avons pu avoir les premières projections chiffrées à 13 h 43: elles donnaient 78% de oui pour la clause cantonale, 46% de oui pour l'initiative «Propriété du logement pour tous» et 57% de oui pour la révision de la loi sur l'aménagement du territoire. Soit des chiffres très proches des résultats définitifs (ndlr: respectivement 74,7%, 41,3% et 55,9% de oui).» La SSR et l'institut GfS avaient choisi de ne pas faire de projections sur les dons d'organes.

L'équipe de Claude Longchamp travaille avec les résultats de 60 à 90 communes par objet de votation. «Nous choisissons ces communes en fonction de leur représentativité dans chaque canton sur des sujets similaires, explique le politologue bernois.» Et tant que 70% de ces communes n'ont pas communiqué leurs résultats, Claude Longchamp se refuse à donner des projections chiffrées. Il se borne à communiquer des tendances: au-dessus de 70% de oui ou de non, il peut quasiment assurer le résultat; entre 55 et 70%, il indique qu'on s'achemine vers un oui ou un non; entre 45 et 55%, il ne peut rien dire. C'est ce dernier cas qui s'est passé dimanche avec «Propriété du logement pour tous» et l'aménagement du territoire. Il a donc dû attendre les projections chiffrées.

Reste la question de départ: pourquoi, dans les autres pays, arrive-t-on à donner des projections sitôt les bureaux de vote fermés? «C'est très simple, répond Claude Longchamp. Nos collègues étrangers font des sondages à la sortie des urnes directement auprès des électeurs. En Suisse, avec l'importance du vote par correspondance, de tels sondages ne sont pas du tout représentatifs.»

Coordinateur des opérations «sondages et projections» de la SSR, le journaliste vedette de la Télévision alémanique Filippo Leutenegger est très satisfait des résultats communiqués par Claude Longchamp et son équipe, «tant au niveau de la qualité que de leur rapidité». L'animateur d'Arena regrette simplement que les communes vaudoises sélectionnées par GfS ne puissent pas communiquer directement leurs résultats: «Elles doivent passer par la préfecture, puis par la chancellerie, on perd ainsi beaucoup de temps», explique-t-il.

Pour les prochaines élections fédérales, l'équipe de Claude Longchamp promet les premières projections sur la composition du Conseil national pour 19 h. «On aura des chiffres avant 19 h pour certains cantons, explique le politologue, mais il faudra attendre les grands cantons. Outre l'absence de sondages à la sortie des urnes, la Suisse se distingue en effet des autres pays par un système proportionnel qui permet à la fois le panachage et les apparentements. Si l'on y ajoute le fédéralisme, tout cela complique singulièrement notre tâche.»