Le SonntagsBlick a publié dimanche deux journaux différents. Le premier, sur papier, comportait une interview de Jean Overney, chef du Bureau d'enquête sur les accidents d'avions, relu et modifié par le Département fédéral des transports. Le second, sur le Net, publiait la version non visée par les autorités du même entretien. A la lecture, les changements sont parfois importants. A la question de savoir s'il est raisonnable que certains pilotes de Crossair fassent jusqu'à six vols par jour, Jean Overney répond: «Six décollages et atterrissages sont le maximum absolu. Cela génère du stress. Pour moi, cinq vols, c'est déjà la limite.» Dans le texte relu par le Département des transports, sa réponse devient: «Il existe des directives très claires et très sévères en matière de temps de vol autorisé. Et, en Suisse, elles sont respectées.» Le journal cite dans un commentaire deux autres exemples jugés représentatifs de ce que Rolf Cavalli, journaliste qui a réalisé l'entretien et adjoint au rédacteur en chef, qualifie de «censure».

Il est fréquent que des personnes interrogées, dans le privé comme dans le public, demandent à relire leurs propos avant publication. La démarche du journal du dimanche, selon Rolf Cavalli, ne vise pas à remettre en cause cette pratique. «Mais, lors de cette interview, explique-t-il, il s'est passé quelque chose que je n'avais jamais vécu en tant que journaliste. Jean Overney n'a pratiquement rien changé du texte que nous lui avions soumis. C'est une tierce personne, qui n'avait pas assisté à l'entretien, qui l'a modifié au point que nous avons jugé que la version finale n'avait plus rien à voir avec l'interview. Elle a mis dans la bouche de notre interlocuteur des propos qu'il n'avait pas tenus. Si Overney avait lui-même apporté ces modifications, j'aurais été déçu, mais je l'aurais accepté. Là, l'intervention extérieure d'une troisième personne est inacceptable pour nous.» Publier les propos «interdits» sur le site du SonntagsBlick a été un moyen d'assurer «une plus grande transparence», assure le journaliste.

La personne en question, que Rolf Cavalli attaque nommément dans son commentaire de dimanche, est Claudine Godat Saladin, la porte-parole du département. Si cette dernière admet que, dans le cas précis, les changements demandés par elle étaient relativement nombreux, la porte-parole tient à souligner que cette pratique est usuelle: «On le fait dans pratiquement tous les cas. Le passage du langage parlé à l'écrit le demande, afin d'éviter les malentendus.» L'entretien de Jean Overney, regrette-t-elle, aurait demandé un temps de relecture plus important.

Censure? Au lecteur de juger Quant à parler de «censure», elle laisse les lecteurs juges. La lecture des deux versions de l'entretien démontre «de toute évidence», dit-elle, que le résultat «n'est pas optimal». Claudine Godat Saladin indique que les responsables de la communication du Département des transports cherchent des solutions pour éviter que de tels événements se répètent.