Le mastodonte bicéphale Wintel (contraction de Windows et Intel) a dominé les années 90, qui furent à l'industrie informatique ce que la «période Cadillac» fut à l'automobile: toujours plus gros, toujours plus de chromes et de puissance. Comme ce fut le cas dans l'automobile, ce monde est en train de basculer.

Au début du mois, on a vu America Online racheter Time Warner et devenir un géant du contenu sur Internet. Aujourd'hui, EMI et Warner fusionnent dans le même but. Ces nouveaux empires vont peu à peu prendre le dessus sur les fournisseurs purs de logiciels. Du coup, le tout-puissant Microsoft se retrouve sur la défensive.

La nouveauté de Transmeta, qu'on imagine bientôt suivie par d'autres du même type dans le domaine des microprocesseurs, aura le même effet sur les fabricants traditionnels de puces. Aujourd'hui, le client rechigne à investir dans le modèle le plus puissant et le plus cher, de toute façon dépassé par d'autres en moins de six mois. Il veut des machines simples et souples qui s'adaptent à ses besoins sans vider son porte-monnaie.

Il est piquant de voir le jeune trublion Linus Torvalds, concepteur de Linux – un système d'exploitation concurrent de Windows – travailler aujourd'hui pour Transmeta et incarner ainsi le lien entre les deux menaces qui pèsent désormais sur Wintel. Dans l'informatique et Internet, les positions ne sont décidément jamais acquises pour longtemps. Voilà qui donne raison, sur un point au moins, à Bill Gates dans son procès contre le gouvernement américain. J.-C. P.