La SSR tente de concilier la mission de service public qui lui est assignée et les exigences d'une entreprise de droit privé confrontée à la concurrence. Mais si l'exercice est délicat, il est assumé sans beaucoup d'états d'âme par le président Eric Lehmann et le directeur général Armin Walpen.

«Service public»: Armin Walpen a martelé cette expression – utilisée en français – lors de sa présentation en allemand à l'occasion de la conférence de presse de la SSR. «Un service public qui se décline à travers l'ensemble des chaînes de radio et de télévision, à travers un étroit réseau de solidarités seul à même d'offrir des prestations variées et indépendantes», a expliqué le directeur général de la SSR.

Quelques mois après le lancement de Tele 24 de Roger Schawinski, et alors que TV3 s'apprête à démarrer ses émissions en septembre prochain, Armin Walpen estime que ces «nouveaux venus et leurs partenaires commerciaux poursuivent des objectifs purement financiers qui se reflètent dans le style et le contenu de leurs productions». La SSR, ajoute-t-il, «a voué fidélité au service public». Le directeur général a ainsi précisé – pour ceux qui en douteraient encore – que la SSR continuera à retransmettre des émissions exigeantes, même si l'audience de celles-ci ne dépasse pas les 3 à 5%. Mais, a-t-il ajouté, les différentes chaînes de la SSR ont pu l'an dernier «maintenir sans difficulté leurs excellentes parts de marché». Ce qui prouve, selon le directeur général «que des programmes de haute qualité sont en mesure de faire pièce à la concurrence privée».

Cette fidélité sans faille au service public se double d'une attention grandissante à l'intégration nationale. D'où l'importance pour Armin Walpen du changement d'identité avec l'adoption, le 26 mars dernier, du nouveau logo de l'entreprise «SRG SSR Idée suisse». Une «marque» que le directeur général a réussi à imposer malgré quelques réticences initiales: «Au début, avouait hier Eric Lehmann, nous n'étions pas vraiment convaincus par cette proposition d'Armin Walpen, mais je pense que c'est finalement une très bonne idée.»

Toujours dans cette même idée de «service public», le directeur général a présenté quelques grands projets stratégiques des unités d'entreprise de la SSR: notamment, l'essai de la nouvelle chaîne câblée alémanique SF info, le premier «soap opera» interrégional helvétique Lüthi et Blanc, la «Jugendradio» pour les 15-24 ans diffusés par satellite, câble et DAB, et de nouvelles fenêtres régionales pour SF DRS.

D'un autre côté, relève Eric Lehmann, la SSR, dont «l'organisation s'apparentait aux grandes régies d'Etat, a dû s'adapter à la libéralisation du marché. D'institution, elle a résolument pris le virage de l'entreprise». Une entreprise dont les résultats financiers se sont quelque peu améliorés l'an dernier, même s'ils restent dans le rouge. Le déficit qui était encore de 21,7 millions de francs en 1997 n'est plus que de 3,4 millions de francs. Nouveau patron des finances de la SSR depuis le 1er mai dernier, Daniel Jorio a cependant précisé que cette amélioration était essentiellement due au fait qu'en 1997, une provision importante avait été constituée pour la Caisse fédérale de pensions, provision qui n'a pas été renouvelée l'an dernier.

Soucieuse de trouver de nouvelles recettes, la SSR a donc demandé au Conseil fédéral d'augmenter la redevance radio-TV. Impossible en effet d'augmenter les tarifs publicitaires: «Vu le développement de la concurrence, nous allons même devoir réviser certains tarifs à la baisse», indique Eric Lehmann qui pose aussi la question d'une possible introduction de la publicité à la radio. En ce qui concerne la redevance, le gouvernement n'a pas suivi totalement la demande de la direction générale: l'augmentation ne sera «que» de 5,3%, alors qu'Armin Walpen souhaitait avoir 9,8%.

La SSR devra donc poursuivre ses efforts de rationalisation. Des efforts qu'Armin Walpen a salués pour 1998: «La télévision, a-t-il expliqué, enregistre une hausse totale du volume d'émission de 5,6%, la radio de 10,2%: un gain de productivité considérable au vu de la rareté des ressources.» Autre motif de satisfaction, la minute de production TV a été ramenée de 494 francs en 1993, à 347 l'an dernier.

Enfin, les relations employeur-employés au sein de la SSR ne sont pas épargnées par le besoin croissant de flexibilité. La CCT a été dénoncée pour la fin de cette année et les négociations entre la direction et les syndicats traversent actuellement une période tumultueuse. Très critique à l'égard des représentants des employés, le président Eric Lehmann n'hésite pas à qualifier de «privilèges exorbitants» les prestations dont bénéficie actuellement le personnel de la SSR.