La radio numérique par voix hertzienne fonctionne en Suisse depuis plusieurs mois et tout le monde s'en moque. Personne n'utilise le système DAB (pour Digital Audio Broadcasting), censé révolutionner l'écoute de la radio notamment dans les voitures: on ne trouve pas de récepteurs dans les magasins et rien du côté marketing. Devant l'échec de cette technologie, la SSR a décidé d'en stopper le développement.

«Nous venons d'achever la première phase d'installation qui a coûté 5 millions de francs, explique Josefa Haas, porte-parole de la SSR. Une quinzaine d'antennes DAB couvrent aujourd'hui 60% de la population, soit les grandes agglomérations et les principaux axes routiers. Restait à couvrir les régions périphériques, ce qui est la phase la plus coûteuse. On ne veut pas dépenser encore 35 millions pour mettre en place une couverture nationale sans savoir si le système s'imposera un jour.» Le développement du réseau a été interrompu jusqu'à nouvel avis.

Pour les diffuseurs, qui s'enthousiasment pour la radio numérique depuis bientôt dix ans, le DAB présente pourtant toutes les caractéristiques du produit miracle: le récepteur portable offre une qualité sonore équivalente à celle d'un CD, idéal pour la voiture puisqu'il capte les émissions dans pratiquement n'importe quel endroit (finies les zones d'ombre sous les ponts, dans les vallées ou derrière les immeubles). L'auditeur n'a pas besoin de changer de fréquences lors de ses déplacements. Le DAB s'ouvre aussi aux applications multimédias: la transmission numérique permet de visionner des textes (2 lignes de 16 caractères), mais aussi des images, sur un petit écran. On peut donc y lire des livrets d'opéra, des informations routières, des graphiques de la météo ou les noms des artistes et le texte des chansons diffusées.

Durant ces trois dernières années, des réseaux ont été mis en place en Suède, en Grande-Bretagne, en Allemagne, puis en Suisse. Mais le marché n'a pas suivi. «Le saut qualitatif n'est pas suffisant pour justifier le prix de l'appareil, estime Alfons Birrer responsable de la division Radio-TV de l'Office fédéral de la communication (Ofcom). Aujourd'hui, un appareil compatible coûte environ 1000 francs et, à part quelques passionnés, personne ne veut dépenser autant d'argent pour une simple radio, même de haute qualité. Les constructeurs eux-mêmes se sont mis à douter du succès de cette technologie.»

Les chiffres sont là pour illustrer l'échec du système: depuis le lancement du réseau en octobre 1998, on estime que seulement 1000 récepteurs DAB ont été commercialisés en Suisse. La SSR reprendra la construction de son réseau en fonction du succès du DAB en Europe, notamment en France et en Allemagne. «On attend que le système décolle chez nos voisins pour que les prix des appareils baissent, poursuit Josefa Haas. Aujourd'hui, les automobilistes privilégient les systèmes d'orientation GPS avant d'investir pour un lecteur DAB, mais cela pourrait changer rapidement si la pression monte sur les constructeurs.»

La SSR s'était pourtant battue à l'époque pour obtenir une concession nationale DAB que convoitaient aussi Swisscom et les associations de radios privées. A Berne, on envisage aujourd'hui de remettre une partie du projet à plat. Une réflexion sera menée «jusqu'au printemps 2001», dit-on à l'Ofcom, avant d'établir un nouveau planning et peut-être une redistribution des fréquences. Hier, le régulateur a demandé aux représentants des chaînes privées de participer à cette réflexion. Günter Heuberger, président de l'Association suisse des radios privées, ricane: «C'était une mauvaise idée dès le départ de ne pas nous associer au projet DAB comme nous l'avions demandé. La SSR a préféré exploiter une concession en solo pour diffuser uniquement ses programmes. Aujourd'hui, on nous demande ironiquement de participer au sauvetage de cette technologie…»

La Suisse a été divisée en quatre zones linguistiques qui reçoivent chacune un bouquet de chaînes propre. Dans la région romande, un récepteur DAB peut capter les radios publiques suivantes: La Première, Espace 2, Couleur 3, Option Musique, DRS 1, Rete 1, Radio Rumantsch, Swiss Jazz et Swiss Pop. «Si l'on met davantage de fréquences à disposition, le DAB permet de cumuler un grand nombre de chaînes, explique Alfons Birrer de l'Ofcom. En octroyant cinq blocs supplémentaires, on pourrait monter jusqu'à 120 programmes.»

Selon la concession, après trois ans d'exploitation par la SSR uniquement, les chaînes privées pourront aussi bénéficier de la diffusion numérique. Si celle-ci existe encore à cette date.