Apple peut-il vivre sans son charismatique patron? Outre les craintes immédiates des marchés, une absence prolongée pourrait devenir un sujet de réelle inquiétude sur l’avenir de la marque à la pomme.

Steve Jobs, le patron d’Apple, a annoncé lundi qu’il retournait en congé maladie afin de se «concentrer» sur sa santé. «Je reste PDG et impliqué dans les décisions stratégiques les plus importantes pour l’entreprise», dit-il, mais «il n’est pas certain que cette déclaration suffira à calmer les appréhensions des marchés», prévient Le Point. L’action Apple lundi? «– 7,8 % à la bourse de Berlin, – 8,8% à la bourse de Francfort». Et «la communauté macophile est en émoi», mieux: «sous le choc» pour le Tages-Anzeiger. «Le PDG considéré comme l’un des plus charismatiques de sa génération fait l’objet d’un véritable culte dans le monde entier, […] comme un visionnaire, un gourou du high-tech. Il a en effet su réunir les conditions pour démocratiser la musique numérique grâce à l’iPod, bouleverser le marché de la téléphonie grâce à l’iPhone, attaquer le marché de l’informatique nomade avec l’iPad. Sur Twitter, les internautes n’adressent qu’un conseil au patron d’Apple: manger une pomme par jour»… [«One apple a day keeps the doctor away»…]

«Les analystes interrogés par Reuters estiment que l’absence de Steve Jobs devrait avoir des effets limités à court terme, compte tenu de l’importance de la gamme de produits du groupe, mais qu’elle pourrait être un sujet d’inquiétude si elle devait se prolonger», enchaîne La Tribune: «Il y a une sorte de prime Jobs sur l’action et c’est ça qui va être le sujet de préoccupation», commente James Cordwell, analyste chez Atlantic Equities.» Mais «la perception de la société est une autre question. Steve Jobs est considéré par le marché comme une force de premier plan pour l’orientation stratégique d’Apple. Si son cancer du pancréas est revenu, on peut s’inquiéter», ajoute Richard Windsor, chez Nomura. Ce, un jour avant, lundi, qu’Apple ne publie ses résultats du premier trimestre 2010-2011. Tout cela se passe donc «au mauvais moment», selon Challenges.

Si Jobs a été à l’origine du succès de la marque, confirment Les Echos, il est «aussi la clé de son renouveau»: son influence «sur des pans entiers de l’économie et de la culture, sa vision unique des produits qui plairont au public, son sens des affaires, en font un entrepreneur exceptionnel. Autant dire que sa santé est sans doute l’un des biens les plus précieux d’Apple aujourd’hui.» Pour le portail canadien Canoë aussi, le succès apparaît «indissociable de son patron»: «Ses détracteurs le dépeignent comme un dirigeant autoritaire se mêlant de tout, mais ce qui inquiète les investisseurs, c’est ce que deviendra Apple sans lui.» Pour un analyste, «quand il n’est pas là, il manque à Apple «ce petit quelque chose» qui fait tout», cette aura unique que décrit bien le Boston Globe. Et France-Soir de dramatiser, tout comme Paris Match et le site LesInfos.com: «Steve Jobs au plus mal», «un congé maladie inquiétant», «le début de la fin?»… Le Wall Street Journal explique, lui, qu’«après une transplantation du foie, les médicaments peuvent créer des complications».

C’est «l’homme qui dirige et contrôle tout chez Apple. L’homme qui teste chaque produit en détail, qui valide ou met son veto.» «L’homme dont le destin est intimement lié à celui de son entreprise», ajoute France Info. Un «solo» que la Süddeutsche Zeitung juge «dangereux» pour ce génie comparé à «Mozart, van Gogh, Matisse, Picasso et Hemingway» dans une lettre ouverte que lui adresse le Bild. Mais «Apple sans Steve», les gars, «ça va» aussi, relativise Die Presse autrichienne, tout en ajoutant: «Tant qu’il ne meurt pas». C’est face à l’issue fatale qu’Apple a urgemment «besoin d’un transfert de pouvoir», aux yeux du New York Times.

Question basique, donc: «Apple peut-il vivre sans Steve Jobs?» se demandent de concert BFM TV et le Seattle Times. Réponse: «En exagérant à peine, on pourrait dire qu’Apple c’est Steve Jobs» et «à long terme il va falloir renouveler la gamme et innover, et cette impulsion-là, c’est Steve Jobs qui la donne». Alors, «ça fait mal, ironise le blog «Morningbull» hébergé par la «Tribune de Genève», puisque ce que le marché ne sait pas, il l’invente et comme Apple a quand même affiché une performance stratosphérique en 2010, il n’est pas difficile de voir les vautours imaginer le pire. On l’avait déjà vécu en 2009, ils ne se gênent donc pas d’en remettre une couche. L’analyste d’une banque française dans les tons verts à Londres s’inquiétait déjà en disant que si son cancer du pancréas était de retour, c’était une mauvaise nouvelle. SANS BLAGUE??? En même temps, quand on en sait aussi peu, autant la fermer…» En gros, nous sommes donc «repartis pour une bonne petite vague de spéculations» sur la santé d’un homme indispensable puisque «même si Dieu le remplaçait en tant que CEO, le titre baisserait quand même…».

Le blog «Electro Business» du «Figaro» n’est pas plus tendre après un «coup de fil au service de communication, où [il] demande des précisions, un communiqué de presse, une réaction officielle. La routine, quoi. Le «comment fait-on si le capitaine n’est plus là?» Apple est une entreprise cotée en bourse, on pourrait imaginer que face à une telle situation d’urgence un communiqué officiel a été préparé. Ben non. Ma demande est enregistrée et je reçois rapidement une copie du mail que Steve Jobs a envoyé aux salariés de son groupe.» Vu sous cet angle, Apple aurait beaucoup «à apprendre de Microsoft», estime Die Welt.