En 2002, plus de 8 millions de Terriens utiliseront des téléphones ou des ordinateurs portables reliés à un satellite, prédit l'institut d'étude anglais Ovum. La portabilité universelle offerte par les réseaux célestes représentera l'un des bouleversements technologiques importants des mois à venir. Le 23 septembre, la constellation de satellites Iridium donnera le ton (lire Le Temps du 12 août). Au moyen d'un gros téléphone à 4500 francs, les abonnés à Iridium pourront se brancher sur l'un des 66 satellites en orbite basse et communiquer depuis n'importe quel point de la planète.

Avec des communications tarifées entre 3 et 9 francs par minute, la téléphonie par satellite s'adressera dans un premier temps aux usagers les plus fortunés. Mais les prix baisseront rapidement car une concurrence rude se prépare. Dans l'ordre, le consortium international Globalstar lancera un réseau de 48 satellites dans le courant 1999; Skybridge, initié par le français Alcatel, commencera en 2001 avec 64 satellites; quant à la société Teledesic, fondée par Bill Gates, elle prévoit la mise en service d'une constellation de 288 satellites pour 2003.

Plus discrètement, le consortium ICO Global Communications prépare son réseau mondial de téléphonie par satellite pour le mois d'août 2000. Cette société, basée aux Bermudes pour des raisons fiscales, centralise ses activités à Londres. Contrairement aux géants Globalstar, Iridium ou Teledesic dont les actionnaires sont peu nombreux et principalement américains, c'est une multitude de sociétés européennes et asiatiques qui a investi dans ICO. Parmi la soixantaine d'actionnaires importants, on trouve d'ailleurs Swisscom, avec un investissement de 40 millions de francs.

ICO se démarque de ses concurrents non seulement en raison de sa structure financière, mais aussi pour ses choix technologiques. Si la plupart des géants internationaux utilisent des constellations en orbite basse, c'est-à-dire des satellites situés à environ 600 kilomètres de la Terre, ICO a opté pour des orbites plus lointaines (10 000 kilomètres). «Ce système est très avantageux car il ne nécessite qu'une dizaine de satellites et seulement six stations terrestres pour couvrir l'ensemble du globe», explique Fred Verkroost, vice-président et directeur commercial d'ICO. Concrètement, le satellite fonctionne comme un miroir: chaque signal envoyé dans l'espace est directement renvoyé vers une station terrestre pour être acheminé ensuite au moyen d'un réseau au sol. Les autres systèmes, comme celui d'Iridium ou de Teledesic, font traverser les signaux d'un satellite à l'autre, ce qui nécessite une technologie complexe, et donc coûteuse, de positionnement.

L'orbite plus lointaine utilisée par ICO a cependant quelques désavantages. A une telle distance de la Terre, la puissance nécessaire à l'émission est en effet plus importante, ce qui réduit la durée de vie des batteries et la qualité des transmissions. «Pour la téléphonie, cela ne pose pas de problème, assure Fred Verkroost. Les combinés développés pour ICO sont aussi petits que les téléphones mobiles actuels et possèdent une autonomie équivalente.» Le japonais NEC et le coréen Samsung construiront les premiers appareils destinés au réseau d'ICO. Trop lointaine, la constellation d'ICO restera cependant inadaptée pour la transmission de données à haut débit, un créneau que visent notamment les projets Teledesic et SkyBridge.

«Notre atout principal sera nos tarifs, poursuit le directeur commercial d'ICO. Avec un équipement à une fraction du prix de celui proposé actuellement par Iridium, nous ferons des connexions par satellite un produit de masse.» Les appareils du réseau ICO coûteront initialement environ 2000 francs, mais baisseront rapidement «au même prix que les téléphones portables actuels». Surtout, les communications seront facturées à tarif réduit, «en fonction de la zone, de la clientèle visée et des services choisis». Le prix initial tournera autour de 2 francs la minute en Europe.

La simplicité du système permettra à ICO de connecter les zones les plus reculées. La firme s'est d'ailleurs associée avec la compagnie suisse Landis & Gyr pour construire des cabines téléphoniques reliées à son réseau. Ces cabines pourront être disposées n'importe où. ICO compte les installer en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie, là où la mise en place de liaisons terrestres se révèle complexe et coûteuse. «Nous ne visons pas seulement la téléphonie des riches hommes d'affaires occidentaux, poursuit Fred Verkroost. Nos prix seront adaptés en fonction des marchés visés, car on ne pourra pas facturer un appel 2 francs la minute au fin fond de la brousse africaine.»