Fondé par la Fédération suisse des journalistes, le Conseil suisse de la presse est chargé de surveiller le respect de l'éthique et l'application des devoirs et droits des journalistes. L'an dernier, il est passé de 18 à 21 membres, s'est ouvert au public (6 membres), aux autres syndicats des médias et aux rédacteurs en chef. Il n'en est pas moins au bord de l'étouffement. Doté d'un budget – jugé insuffisant – de 135 000 francs, il fait appel au système de milice. S'il y a dix ans, il traitait de huit à douze plaintes par année, il en a reçu plus de quarante l'an dernier. Ancien rédacteur en chef du Tages-Anzeiger puis de SF DRS, Peter Studer, son nouveau président, a été élu hier.

Le Temps: Votre prédécesseur souhaitait une augmentation de budget. Des demandes en ce sens ont été faites auprès des grands groupes de presse, des fondations et même des banques. Quels sont les résultats?

Peter Studer: Il est encore trop tôt pour articuler des chiffres mais les réponses sont positives et plutôt optimistes. D'autant que SSR-SRG idée suisse a accepté d'entrer au Conseil.

– Ne craignez-vous pas pour votre crédibilité en étant financé par le privé?

– Ce serait dangereux si nous avions seulement un ou deux contributeurs, mais ce n'est pas le cas.

– Les éditeurs ne sont pas représentés au sein du Conseil. Ne devraient-ils pas l'être?

– Ils le sont, de manière indirecte, via la récente et très active conférence des rédacteurs en chef. Ce sont leurs gens de confiance.

– Vous faites face à une forte hausse des plaintes, qui, à l'inverse des procédures judiciaires, ne sont pas payantes. Pourquoi ne pas abolir cette gratuité?

– Je ne vois pas comment créer un système de frais à charge des plaignants. Par contre, nous allons pouvoir faire des économies en améliorant notre manière de travailler. Nous allons émettre des avis beaucoup plus brefs sur des cas déjà traités ou qui se ressemblent.

– Un organisme de milice a-t-il encore un sens?

– Tout à fait, parce que les membres du Conseil ont l'expérience de la pratique du métier. Cela nous permet une meilleure diffusion de nos prises de position dans les rédactions, ce qui est notre but, et le mien à tout le moins. Je suis un farouche partisan de l'éthique des organisations.

– Envisagez-vous de poursuivre l'ouverture du Conseil au public et d'aller au-delà des six membres actuels?

– Je préfère d'abord voir comment cela fonctionne avant de prendre position.

– Vos avis sont publics, mais sans obligation de publication par les titres concernés. Est-ce que cette situation vous satisfait?

– Absolument pas. Je suis pour la publication obligatoire des prises de position du Conseil. Je vais y travailler, afin d'obtenir l'accord des éditeurs et des rédacteurs en chef.

– En privé, certains membres du Conseil avouent leur sentiment, certaines fois, de ne pas servir à grand-chose. Comment changer cela?

– En continuant de faire un travail sérieux, en émettant des prises de position bien formulées et bien pensées et en les faisant connaître. Aujourd'hui du reste, et je parle d'expérience, la crédibilité du Conseil est nettement meilleure qu'il y a quelques années.

– Certains politiques privilégient la création d'un organisme de surveillance extérieur et indépendant de la profession. Pourquoi y êtes-vous opposé?

– Je suis contre car les journalistes sont déjà soumis aux droits pénal et civil. De plus, et contrairement à la radio et à la télévision, et à l'autorité indépendante de plainte en la matière, il n'y a pas, en Suisse, de loi sur la presse écrite. La seule référence est un article constitutionnel qui garantit la liberté de la presse. Personnellement, je préfère aussi l'autorégulation de la branche à toute intervention d'un tribunal extérieur.

– Envisagez-vous de réécrire la déclaration des devoirs et droits des journalistes?

– Nous l'avons fait il y a un an, et même si nous n'avons pas changé de grandes choses à ce corpus un peu vieillot et idéaliste, nous y avons ajouté de très précises et très pratiques règles quant à l'exercice du métier. Ma première mission sera de les faire connaître.