«Elle est arrivée»! «Elle», c'est la nouvelle console de jeux vidéo du groupe japonais Sega. Attendue depuis des mois, la Dreamcast est enfin sortie jeudi sur le marché européen. La version japonaise avait déjà débarqué sur le marché nippon le 23 novembre dernier et les Etats-Unis avaient accueilli leur propre version le 9 septembre. L'Europe devait être «envahie» le 23 septembre, mais le jour J avait finalement été reporté au 14 octobre. Malgré plusieurs rumeurs qui annonçaient un nouveau report, cette date a finalement été respectée. Et la ruée annoncée a bel et bien eu lieu. En Suisse, l'importateur de Sega, la société zurichoise Videophon, estime que près de 3000 consoles ont été vendues le premier jour.

«Je m'attendais à un tel succès après le formidable accueil que la Dreamcast a reçu il y a un mois aux Etats-Unis, mais j'ai quand même été impressionné, raconte Hansjörg Gutknecht, patron de Videophon. C'est absolument fantastique. A la fin de la journée de jeudi, de nombreux magasins spécialisés fréquentés par les «hard core gamers», ces joueurs fanatiques, n'avaient plus de consoles et ont dû aller en acheter dans des grandes surfaces. Et le problème, c'est que nous ne pourrons pas les réapprovisionner avant la semaine prochaine.» A Lausanne, la boutique spécialisée Coin Op nuance un peu ce triomphalisme: «Nous avons eu plusieurs acheteurs dans la journée qui attendaient avec impatience ce jour-là, mais il n'y avait pas de queue ce matin quand on a ouvert», relève Michel Hauri, gérant du magasin. A noter qu'à Paris, le Virgin Megastore et la Fnac avaient décidé d'ouvrir leurs portes à minuit dans la nuit du 13 au 14 pour satisfaire la demande des fanatiques.

Du côté des grandes surfaces helvétiques, la Dreamcast est disponible chez MediaMarkt, à la Migros, à la Placette et chez Interdiscount. Selon Hansjörg Gutknecht, «ces grands magasins ont écoulé le premier jour 40% de leur stock, ce qui est énorme». Le patron de Videophon estime à 25 000 le nombre de consoles Sega qui seront vendues d'ici à la fin de l'année. Pour toute l'Europe, le groupe japonais s'attend à écouler 700 000 Dreamcast avant le début de l'an 2000. Avec les fêtes de Noël qui approchent, il est en effet clair que de nombreux parents vont être fermement sollicités d'acquérir la nouvelle machine. Aux Etats-Unis, Sega en a vendu 372 000 en cinq jours, alors qu'au Japon, le lancement a été plus modeste et Sega a dû baisser le prix de vente en juillet.

En Suisse, la Dreamcast est vendue 399 francs. Quant aux jeux, ils sont au nombre de huit, disponibles pour une centaine de francs. Mais les deux qui ont le mieux marché le premier jour sont des déclinaisons de titres classiques du groupe japonais, Sega Rally 2 et Sonic Adventure. «Ces deux jeux ont été spécialement développés par les laboratoires de Sega et démontrent bien les capacités de la nouvelle console», poursuit Hansjörg Gutknecht. De nombreux autres titres sortiront dans les prochaines semaines et ils devraient ainsi y en avoir une cinquantaine sur le marché à la fin de l'année. A noter que c'est le nombre et la qualité des jeux qui feront le succès de la Dreamcast. C'est ainsi que la PlayStation de Sony a bâti sa réputation il y a quelques années et que sa principale concurrente, la Nintendo 64, y a laissé la sienne.

Si la Dreamcast européenne vient seulement d'arriver, la version japonaise est déjà disponible depuis plusieurs mois sur le Vieux Continent pour un peu plus de 550 francs suisses. Et pas seulement dans les magasins spécialisés ou sur Internet: même MediaMarkt a vendu des Dreamcast nippones. On estime qu'il y en a environ 5000, rien qu'en Suisse. Du côté de Sega et de ses importateurs européens, on déplore ce marché gris et on insiste sur le fait que chaque version de la console (la japonaise, l'américaine et l'européenne) a ses propres jeux et qu'il n'y a pas de compatibilité entre les versions. Un propos que nuance le gérant de la boutique Coin Op à Lausanne: «Des adaptateurs devraient bientôt être disponibles pour utiliser des jeux japonais ou américains sur la console européenne et des titres européens sur la machine japonaise.»

La Dreamcast est la console la plus puissante du marché avec son processeur 128 bits. A titre de comparaison, celui de la PlayStation fonctionne en 32 bits et celui de la Nintendo en 64. Mais attention, le nombre de bits ne veut pas tout dire et de nombreux spécialistes n'hésitent pas à dire que la PlayStation est meilleure que la Nintendo. Outre sa puissance, la console de Sega est la seule à proposer la possibilité d'une connexion à Internet. Ce qui n'est de loin pas négligeable avec le développement foudroyant des jeux en réseau. Pour l'instant, seuls les jeux sur PC ou Mac pouvaient offrir cette possibilité. En Suisse, Videophon propose un abonnement gratuit à Internet chez Sunrise et Hansjörg Gutknecht estime que la moitié des acheteurs de la Dreamcast vont se brancher sur le Net.

L'arrivée de la Dreamcast devrait réduire drastiquement les ventes de la Playstation de Sony et de la 64 de Nintendo. Mais les groupes japonais préparent leur riposte: la Playstation II devrait sortir au Japon en mars 2000 et la Dolphin de Nintendo en 2001.