En 2008, plusieurs révélations d’abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs et de jeunes adultes avaient secoué la Suisse romande. Les journalistes qui avaient fait des coups de sonde dans les diocèses alémaniques étaient revenus bredouilles. Aujourd’hui, la Suisse alémanique est frappée à son tour par une vague de scandales. La parole des victimes semble se libérer sous l’effet des révélations en cascades qui ont touché l’Irlande, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche depuis le mois de janvier.

Deux diocèses suisses – Coire et Bâle – ainsi que l’abbaye territoriale d’Einsiedeln, sont maintenant au cœur de la tourmente. D’après l’ATS, l’évêché de Coire examine en ce moment dix cas possibles d’abus sexuels, dont certains remontent à plusieurs décennies. Il a en effet reçu des informations de victimes, de parents de victimes et de tierces personnes, a confié à l’agence le vicaire Christoph Casetti. L’évêché annonce sa volonté d’examiner ce qui s’est passé au cours des 50 dernières années. Depuis qu’il est entré en fonction en 1982, il dit n’avoir eu connaissance que d’environ six cas d’abus.

L’évêché de Bâle a admis hier qu’il connaissait les antécédents d’un prêtre schwyzois au moment de son engagement dans le diocèse, où il a travaillé pendant 16 ans. Le Père G. avait avoué mardi avoir abusé sexuellement de mineurs à Birnau en Allemagne et à Mehrerau en Autriche.

Il a travaillé ensuite dans le diocèse de Bâle de 1978 à 1987. Il est ensuite reparti en Allemagne. En 1992, il a rejoint le diocèse de Coire. Dans un communiqué publié sur son site internet, l’évêché de Bâle explique que «les responsables du diocèse de Bâle (Mgr Otto Wüst, décédé en 2002, en était l’évêque, ndlr) savaient manifestement qu’il avait dû quitter ses précédents lieux de travail en raison d’actes sexuels non autorisés». Pendant les 16 ans qu’il a passés dans le diocèse, le Père G. n’aurait commis aucun acte répréhensible, à la connaissance de l’évêché. Qui reconnaît que les circonstances de son engagement «doivent être considérées aujourd’hui comme une erreur d’appréciation indéfendable».

Hier soir, Martin Werlen, le Père abbé d’Einsiedeln, a déclaré à la Télévision alémanique que cinq frères avaient commis des abus sur des élèves de l’école de l’abbaye. Aucune plainte n’a été déposée, notamment parce que les victimes ont renoncé à le faire. Les cinq moines ont continué à vivre au sein de la communauté. L’abbaye a voulu leur donner une nouvelle chance. Les faits se sont produits durant ces neuf dernières années. La SF révèle également que des abus ont eu lieu dans l’école du couvent dans les années 70.

Par ailleurs, le New York Times du 18 mars révèle que le psychiatre qui a traité Peter H., le prêtre pédophile d’Essen admis en 1980 dans le diocèse de Munich avec l’accord du futur pape Benoît XVI pour y suivre une psychothérapie, avait averti les autorités diocésaines à plusieurs reprises, par écrit et par oral, que ce clerc ne devait en aucun cas avoir des contacts avec des enfants. Mais il n’a jamais parlé directement à Joseph Ratzinger. Que savait exactement ce dernier? La question demeure ouverte.