En Suisse, la librairie neuchâteloise Reymond a fait œuvre de pionnier en ouvrant en 1995 un site Internet pour la vente de livres en ligne. Aujourd'hui, ce site (www.reymond.ch), qui n'a pas été modernisé, fait pâle figure â côté de tous ses concurrents français. Principale raison de ce quasi-abandon, les difficultés économiques qu'a connues Reymond ces dernières années. «Nous avons dû restructurer complètement l'entreprise, ce qui a mobilisé toute notre énergie, explique le directeur Beat Röthlisberger. Nous avons ainsi réduit notre effectif et évidemment notre site en a souffert. Nous ne l'avons pas mis à jour du tout. Nos priorités étaient ailleurs…»

Actuellement, Reymond a cependant redressé la situation et réfléchit à l'avenir de son site. Mais la librairie neuchâteloise n'est pas sûre de poursuivre l'aventure. Car si le site couvre pour l'instant ses frais, sa situation se détériore. Peu attractif par rapport à la concurrence, il attire de moins en moins de visiteurs (entre 300 et 400 commandes par mois) et ceux qui restent l'utilisent surtout pour des commandes particulières et complexes qui coûtent cher et rapportent peu. Par ailleurs, une relance du site nécessiterait un investissement conséquent que la librairie hésite à faire.

«Aucune décision n'a encore été prise, indique Beat Röthlisberger, mais il est possible que nous arrêtions tout. D'autant que nous constatons que tous les sites de vente de livres en ligne, même les plus gros, sont déficitaires. D'un autre côté, nous nous disons que dans dix ans, la moitié des ventes de livres se fera peut-être par le Net et que, si nous arrêtons maintenant, il serait vraiment dommage de gaspiller l'expérience récoltée jusqu'à présent.» Une poursuite du site pourrait éventuellement passer par une alliance avec des partenaires: soit une entreprise informatique, soit d'autres librairies. La décision finale devrait tomber cet été.

Du côté du principal libraire romand, Payot, on s'inquiète plus de la prochaine arrivée en Suisse de la FNAC que d'Internet. Payot a en effet développé des pages sur le site d'Edicom, mais ces pages sont essentiellement destinées à être des vitrines pour attirer les clients. «Nous y offrons quelques titres, mais nous souhaitons que les gens viennent en chair et en os dans nos librairies, explique Jean-Marc Boerlin, gérant de Payot Lausanne. Nous ne voulons pas faire de la vente en ligne: actuellement, c'est une opération commerciale trop risquée. Même Amazon affiche des pertes énormes!»

N. W.