Une pluie glaciale tombe sur Wallisellen. Les nuages noirs ne cessent d'être déchirés par les avions qui décollent à quelques centaines de mètres. C'est dans ce sinistre décor que Microsoft a présenté jeudi, à son siège suisse, le Tablet PC. Simultanément, le numéro un mondial des logiciels levait le voile sur son dernier-né de Paris à New York, et de Londres à Pékin. Avec ce marketing global, Microsoft espère faire taire les critiques que suscitait, avant sa sortie déjà, ce fameux Tablet PC.

Ces critiques, on les doit surtout aux précurseurs de l'écriture avec un stylet sur un ordinateur portable (notebook). Le Newton d'Apple, le General Magic ou le Dynabook, autant de prédécesseurs qui n'ont jamais percé. «Etre trop avant-gardiste est souvent la pire des erreurs», affirmait jeudi dans les colonnes de l'International Herald Tribune Larry Tesler, ancien directeur du projet Newton. Effectivement, les notebooks équipés d'un écran tactile sont aujourd'hui marginaux.

Pour réussir avec le sien, Microsoft a développé une stratégie que lui seul peut se permettre. Mené par un Bill Gates qui voue un véritable culte à ce produit, le groupe a convaincu les plus grands constructeurs, tels Fujitsu Siemens, Hewlett-Packard (HP), Acer ou Toshiba, de développer des Tablet PC et, plus fort encore, de les commercialiser simultanément. Microsoft a par ailleurs fait appel à une dizaine d'éditeurs de logiciels pour développer des applications spécialement conçues pour son système d'exploitation Windows XP Tablet PC Edition.

Une fois entre les mains, le produit est, il faut l'avouer, plutôt séduisant. L'écriture s'effectue avec un stylo spécial qui donne l'impression d'écrire réellement sur l'écran avec de l'encre. Il est donc très facile de prendre des notes, à condition toutefois de calligraphier correctement. Ainsi, si l'encre numérique, seule véritable innovation, convainc, le logiciel de reconnaissance des caractères, lui, n'est pas assez performant. Mais le stylo remplace avantageusement la souris et permet de dessiner facilement.

L'encre numérique ne sert pas qu'à prendre des notes avec Word; elle permet également de griffonner des courriels, le destinataire recevant la réponse sous forme d'image, en format JPEG. Mais le plus gros avantage de l'encre numérique est ailleurs. Celle-ci permet de remplir, via le stylo, tout type de formulaire, en format Word, PDF ou autre. Microsoft vise ainsi le monde médical, les agents d'assurance ou encore les responsables de stocks.

Les fabricants, partenaires de l'opération, ont développé deux types de Tablet PC. Si HP, Toshiba ou encore Acer ont inséré un écran réversible à un notebook classique, Fujitsu Siemens a créé un écran tactile autonome. Celui-ci peut se connecter à une station de base et être relié à un clavier via Bluetooth ou infrarouge. La plupart des Tablet PC incluent plusieurs ports USB, un port Firewire, et certains intègrent même d'office une carte Wi-Fi et un lecteur DVD. La plupart des écrans, de 10,4 pouces (26,5 cm), sont plus petits que ceux des notebooks bas de gamme (12 pouces). Sans clavier, les Tablet PC pèsent entre 1,4 et 2 kilos. Les batteries, elles, durent en théorie cinq heures environ.

Quant au prix, il devrait réserver le Tablet PC surtout aux professionnels. Cette semaine, la presse spécialisée l'estimait à 3000 francs. Elle était loin du compte. Le modèle d'entrée de gamme d'Acer coûte 3490 fr., celui de Fujitsu Siemens 4000 fr., et celui de Toshiba 4950 fr.

Les fabricants ne se hasardent pas à pronostiquer les ventes à venir. Ils se contentent d'affirmer que ce sera un produit de plus dans leur gamme de solutions mobiles. Une prudence qui contraste avec l'optimisme de Microsoft, pour qui le tiers, voire la moitié des noteboks vendus dans les prochains mois seront des Tablet PC.