Le suffixe «oo» fleure bon les années pré-krach boursier mais c'est dans le futur que veut se projeter Télégenève en se rebaptisant Naxoo. Ce changement de nom est en effet accompagné d'une stratégie qui mettra fin aux signaux analogiques dans le canton d'ici à 5 ans environ pour passer au numérique. En clair: les 147 000 foyers qui sont actuellement câblés n'auront d'autre choix que de s'équiper d'un décodeur numérique. Naxoo a fait le choix commercial d'imposer en plus un abonnement obligatoire à l'un de ses bouquets. A ceux qui ne plieront pas, il ne restera que les ondes hertziennes pour regarder la télévision.

Pour inciter les Genevois à suivre sa démarche, Naxoo va copier les opérateurs téléphoniques: il subventionnera les décodeurs, qui seront délivrés contre un dépôt de 50 francs alors qu'ils coûtent près de 300 francs à l'achat.

Ce passage au numérique décuplera le nombre de chaînes proposées. Sur le câble analogique, l'offre de base est actuellement de 32 canaux. En numérique, elle passera à 52 dans un premier temps (à terme, elle redescendra à une trentaine) auxquels il faut ajouter les canaux du ou des bouquets choisis.

Génération condamnée

Pour le consommateur, cette marche forcée vers le numérique aura un coût. Actuellement, chaque Genevois paye une taxe de raccordement d'une vingtaine de francs, souvent intégrée à son loyer. Elle ne disparaîtra pas. Il faudra même lui ajouter au moins une quinzaine de francs par bouquet. La facture doublera donc pour chaque foyer. A ce prix, les offres satellitaires deviennent attractives (11 euros mensuels), même si les questions de droit d'auteur sur le territoire romand ne sont pas toujours réglées.

La nouvelle stratégie de Naxoo anticipe un mouvement de fond. A terme, les signaux analogiques sont condamnés. «La génération analogique va s'arrêter. La numérisation est inévitable», confirme André Vuillemez, patron du câblo-opérateur neuchâtelois Video 2000 qui compte 75 000 abonnés. Les Neuchâtelois du littoral se voient actuellement proposer 80 programmes numérisés dont une moitié font partie de l'offre dite «libre» et l'autre est gérée par Cablecom. Les abonnements vont de 9,90 à 19,90 francs. L'espoir d'André Vuillemez est de passer d'une période de cohabitation analogique-numérique avant que, en 2008-2010, la majorité des téléviseurs soient équipés du décodeur nécessaire à la réception des signaux numérisés.

La numérisation des signaux de Naxoo souligne un autre aspect: les réseaux genevois n'ont pas été rénovés comme à Lausanne, par exemple. «A 860 MHz, nous avons de la place pour plusieurs applications par câble», dit Martine Favre, responsable des services multimédia des Services industriels lausannois. Les mêmes installations permettent de fournir un accès à Internet. A Lausanne, le passage au tout numérique n'est pas planifié. Martine Favre dit attendre que l'industrie sorte des téléviseurs équipés du fameux boîtier. «Ce n'est pas à nous de décider comment va évoluer le marché européen», résume-t-elle.