«Tout était gris», témoignait un journaliste étranger, parlant de la Pologne communiste. Douze ans après, la Pologne n'est plus grise, comme l'a montré l'émission sensible d'Arte, mardi soir. Et pourtant, dans notre esprit, c'est toujours cette absence de couleurs, cette pesanteur qui prévaut, comme si nos montres s'étaient arrêtées il y a douze ans. La Pologne communiste était pour nous un monde simple, avec des acteurs connus et familiers: Walesa, Monseigneur Glemp, le colonel Jaruzelski et ses lunettes noires, Solidarnosc… La Pologne a changé mais nous avons oublié de nous en apercevoir. Ou plutôt, notre intérêt pour ce pays s'est amenuisé à mesure qu'il se normalisait, qu'il devenait compliqué et contradictoire, un peu ennuyeux en somme, comme n'importe quel pays européen. Une Polonaise rentrée des Etats-Unis raconte: «Avant, les gens râlaient exclusivement contre le régime. Maintenant, ils râlent contre tout…» Les Polonais sont devenus nos semblables, ils vivent sans passion les alternances du pouvoir, et consomment à tour de bras dans de riches centres commerciaux, tandis que de jeunes paysans français trouvent là-bas un sort meilleur qu'en France… En douze ans, la Pologne a changé deux fois de siècle.