La plus grande grève lancée en Suisse depuis un demi-siècle, annonce Romaine Jean au 19 h 30 d'hier soir. On allait voir les images, la colère, la révolte, les fondations qui s'affaissent et la Suisse fessée. 55 ans! Pour voir ça, il fallait remonter avant la télé, la couleur et la garde-robe de Darius…

Mais la télévision ne sait plus rendre historiques les événements dont elle n'est pas la génitrice. La grève du 4 novembre 2002? Une foule de casquettes rouges, bon enfant, sur les quais de Genève, Lausanne ou Lucerne. Ah bon? C'est donc ça un soulèvement social? Une réunion spontanée, sans préparatifs, à la bonne franquette. Pourquoi, soudain, en comparaison avec ces images plates qui ne disent rien, qui ne montrent rien, qui ont tant besoin d'être commentées, Popstars, Star Academy ou même La Poule aux œufs d'or semblent-ils plus vivants et contestataires? Parce qu'eux ont droit à une mise en scène, à une mise en perspective, à une mise en images.

La preuve à 20 h 30 sur TSR2: l'affrontement entre candidats du deuxième tour des élections jurassiennes est passionnant, historique même, pour un des cantons qui regarde la TSR comme une lointaine «TVGenève». Et c'est la chaîne qui a fait le déplacement, qui a invité les duellistes, qui impose ses lumières, ses micros, ses caméras, ses coupes. Rien à voir avec cette image anonyme vue ailleurs dans la soirée: l'incursion des terroristes tchétchènes dans le théâtre. Une scène fugace, qui n'apporte rien. La télévision ne sait plus digérer les invités surprises.