«Nous préférerions qu'aucun article ne soit publié sur le sujet, surtout lorsque les journaux écrivent des histoires à la limite de l'imaginaire.» Porte-parole de Tony Blair, Godric Smith traduisait lundi matin devant les journalistes parlementaires britanniques l'irritation de Downing Street après la publication, dimanche par le Sunday Times, d'un article alarmiste prétendant que l'arrestation de trois suspects nord-africains était liée à la préparation d'un attentat au gaz cyanure dans le métro (LT du 18 novembre).

Une presse «dédaigneuse et préjudiciable»

Lundi, les trois suspects arrêtés il y a dix jours, sous le coup de la loi antiterroriste, comparaissaient à nouveau devant un tribunal de Londres. Comme la loi le permet, ils ont été placés en garde à vue prolongée, et comparaîtront à nouveau le 16 décembre. Leurs avocats ont protesté contre le traitement de l'affaire par la presse, accusée de s'être montrée «dédaigneuse et préjudiciable». «Apparemment, les médias ont déclaré la chasse ouverte et mes clients en ont été les victimes; une presse supposée responsable dans une démocratie a détruit, de manière catastrophique et intentionnelle, toute chance pour ces hommes d'avoir un procès juste, sur la base d'articles inventés, faux et fabriqués, et qui semblent ne pas connaître de fin», a tonné l'avocate d'un des trois coaccusés, des Algériens trouvés en possession de faux papiers – mais pas de gaz ni de matériel explosif. Elle compte déposer plainte devant le procureur général. Un autre avocat des coaccusés a précisé qu'en six jours d'interrogatoire, aucun des éléments mentionnés par la presse dominicale n'était apparu. «Qui croyez-vous, la presse ou la police?» a-t-il lancé.

Le porte-parole de Downing Street a rappelé que le procès en cours se déroulait «dans un tribunal ouvert», avant d'engager la presse à faire preuve de «prudence lors de la publication d'informations partielles basées sur des sources émanant de services de renseignement, car cela peut mettre en danger la recherche de renseignement». Lundi soir, à la télévision, Tony Blair a avoué que le gouvernement était très réticent à publier des avertissements sans une réelle preuve qui le justifie. «Il ne faut pas que nous tombions dans le travers de faire le travail des terroristes à leur place en paniquant le public à tout bout de champ», a ajouté son porte-parole. Mais le chef de l'autorité policière de Londres, Lord Harris, a concédé que ses services spéciaux pensaient qu'une attaque terroriste sur la capitale britannique n'était «qu'une question de temps».