C’est une histoire chantée sur tous les tons par toute la toile. Elle est touchante. Un peu triste aussi, parce qu’on se doute qu’elle va mal finir.

On y parle d’un bloggeur mexicain sans âge et son nom qui inlassablement alerte les habitants de sa ville de Ciudad Victoria, capitale de l’Etat du Tamaulipas, sur les agissements du cartel de la drogue. Toute la journée, il tweete des petites informations sur les violences quotidiennes de sa ville: «Un camion bloque le passage sur l’avenue du professeur. Quelqu’un a des infos? Attention s’il vous plaît». Et déjà on lui répond que les sirènes des ambulances résonnent dans le centre. Une chronique de la brutalité aussi illustrée par sa page Facebook, Valor por Tamaulipas, émaillée d’avis de disparitions et de récits macabres.

Le blogueur en sursis rencontre un succès croissant sur la toile. Surtout depuis qu’il a exhibé sur Facebook des affichettes montrant que le cartel de la drogue a promis 44 000 francs à celui qui lui fournirait des indications sur son identité ou celle de sa famille.

Le cyber-indigné a vu trop d’horreurs pour se faire des illusions sur ce qui pourrait lui arriver s’il tombe dans les griffes de la mafia. En septembre 2011, la toile avait raconté la découverte du corps décapité de la blogueuse Maria Elizabeth Macias, 39 ans, mère de deux enfants. À côté du cadavre, on avait retrouvé un clavier d’ordinateur et la signature du terrible cartel «Los Zetas». «Pour comprendre ce que je ressens, vous devez voir la violence et l’impunité avec lesquelles opère ici le crime organisé», a confié le blogueur anonyme au Spiegel Online. «Je ne peux pas avoir peur de ce qui ne m’appartient plus.»

Le cynisme me pousserait à dire que c’est une histoire comme la toile et les journaux les aiment. Avec un héros – si faible et pourtant si courageux – un méchant très méchant, une bonne dose de suspens, et une morale – valable tant que le blogueur est en vie. Du story-telling pur et dur. Le sujet est triste, mais les informations qui défilent sur mon écran le sont souvent.

Sauf qu’hier, les journaux annonçaient le décès de Stéphane Hessel, indigné de cœur et résistant pour l’histoire. Alors lire aujourd’hui le combat du blogueur de Ciudad Victoria, ça fait du bien.