Prenez quatre personnages aux destinées fort différentes : un architecte qui vit le rêve américain, une photographe de mode insomniaque, un profiler du FBI aux gadgets futuristes et un privé bedonnant. Ce qui les relient ? Des origami, ces petits pliages de papier venus du Japon. Et surtout le tueur d’enfants qui les utilise comme marque de fabrique…

Le joueur est appelé à mener l’enquête à travers ces acteurs du drame. Le fils cadet du l’architecte est en effet entre les mains de l’assassin dont le modus operandi est toujours identique. Il enferme ses victimes dans une prison dont le toit laisse passer la pluie jusqu’à les noyer. On a trois jours pour délivrer le bambin. Trois jours de recherches, de rebondissements, de fausses pistes. Et de sacrifices. Car la question récurrente qui sous-tend Heavy Rain est bien «jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour sauver ceux que vous aimez ?». Tout est en place pour une descente aux enfers dont on ne se relève que difficilement.

Heavy Rain se veut être une expérience vidéoludique nouvelle, pour ainsi dire révolutionnaire. Il a l’ambition d`immerger le joueur dans le jeu et de l’impliquer émotionnellement dans les actions qu’il choisit de réaliser. Pour ce faire, il mêle habillement cinématiques et phases de prise en main. Ces dernières n’impliquent d’ailleurs pas toujours des moments emblématiques, mais aussi une «personnification» que l’on souhaite donner aux «héros» : va-t-il boire un verre, s’asseoir, frapper ou discuter, s’apitoyer ou se mettre en colère… Et quelle réplique faut-il choisir, sachant qu’elle va provoquer une réaction particulière? Une voie de plus en plus «à la mode» dans les jeux de rôle ou d’aventure, mais dont cette exclusivité Sony en fait sa raison même.

L’ambiance général se rapproche du film Seven de David Fincher, une référence assumée. On y trouve aussi des éléments venant de Saw. Ce n’est pas pour rien que les esprits se tournent vers le cinéma. Heavy Rain possède des allants de film transformé en jeu. Une atmosphère glaude, une bande musicale diablement efficace, un stress savamment orchestré, un scénario en forme de chute vers le plus bas de l’humanité: le jeu sait être prenant, pour autant que l’on entre avec aisance dans ces ambiances lourdes, laissant souvent une plus grande place à la psychologie qu’à l’action.

Quelques bémols quant même: les déplacements sont globalement lourdauds, détachant par moment les personnages du réalisme cinématographique recherché. La multiplication des choix, des plus inutiles aux plus conséquents, finit aussi par ralentir le rythme de la narration. Enfin, l’implication demandée au joueur fait de chaque arrêt une perte d’immersion… Heavy Rain est donc un jeu à jouer d’un trait, comme un film dont on est le héros.

Note : 4 sur 5

Age : 15 ans