Amsterdam, à quelques dizaines de mètres de la gare centrale. C’est ici, dans deux immenses bâtiments de béton gris, que se trouve un centre de données qui concerne de très près les clients de Swisscom en téléphonie mobile. Le siège central de TomTom, numéro un mondial des systèmes de navigation par GPS, recueille en direct les données de localisation des abonnés de Swisscom afin d’améliorer ses prévisions de trafic automobile. La société néerlandaise, qui invitait mercredi passé la presse européenne à son siège, a détaillé la collecte de ces informations et présenté sa stratégie pour enrayer le déclin des ventes d’appareil GPS.

Sur un écran géant, Jeroen Brouwer, responsable du service HD-Traffic, affiche le plan d’Amsterdam. «Il est 13h30, le trafic semble relativement fluide. Ah, il y a tout de même un léger ralentissement sur quelques centaines de mètres sur cette artère, avec un retard de 30 secondes». Comment afficher des données si précises? «Nous recevons des informations de plusieurs sources, poursuit Jeroen Brouwer. Nous avons d’abord des accords avec les plus grands opérateurs de téléphonie mobiles, tels Vodafone, SFR et Swisscom, qui nous envoient en direct les localisations des téléphones de leurs clients – il y en a 80 millions au total.»Dans le détail, chaque fois qu’un client de Swisscom (Orange et Sunrise ne sont pas concernés) effectue un appel, ses coordonnées GPS sont envoyées en direct chez TomTom, de manière anonyme. «Nous croisons ces données avec nos cartes, pour n’utiliser que les informations venant de personnes qui se trouvent bien sur une route, poursuit le responsable. Cela exclut les piétons de manière fiable. Et nous nous intéressons aux personnes qui effectuent des appels, car les données sont plus précises que lorsque le téléphone est en veille. De plus, les gens appellent davantage lorsqu’ils sont dans des bouchons».

Du côté de Swisscom, on confirme l’envoi de telles données. «De manière totalement anonyme, donc nous n’avons pas besoin d’en informer nos clients», explique un porte-parole, qui ne détaille pas les modalités financières de l’accord.

De plus, TomTom utilise les données provenant des GPS dotés de carte SIM de ses clients, ainsi que des iPhone dotés de son application de navigation. «Les localisations sont enregistrées chaque seconde et envoyées chez TomTom toutes les deux minutes», détaille Jeroen Brouwer. Résultat: TomTom affirme proposer les données de trafic les plus précises du marché, pour l’ensemble des pays européens et l’Amérique du Nord.

Sur un autre écran, Jeroen Brouwer affiche les données d’une autoroute proche d’Amsterdam. «Nous parvenons à voir combien de téléphones ou de GPS se trouvent en direct sur chaque portion d’autoroute et leur vitesse moyenne – tout cela de manière anonyme. Ici, vous voyez cinq téléphones qui évoluent à 34 kilomètres heure de moyenne», explique le responsable. Dans certains pays, TomTom affiche les radars – mais pas en Suisse, car c’est interdit par la loi.

Les données de trafic sont disponibles sur les appareils TomTom et sur l’application iPhone, moyennement un abonnement. Sur le téléphone d’Apple, un mois d’abonnement à HD Traffic coûte 6 francs, 12 mois 37 francs, par exemple. TomTom met aussi ces informations à disposition des internautes – via ses sites web http://routes.tomtom.com et www.tomtom.com/livetraffic – et ce gratuitement. «Nous pouvons les offrir librement, car cela donne une idée du trafic avant de partir, mais en déplacement, nos services de trafic en direct sont bien sûr beaucoup plus utiles», explique Jeroen Brouwer.

En toile de fond, TomTom tente de renforcer sa présence sur le marché des services. Fin octobre, la société annonçait des suppressions d’emplois et l’objectif de 50 millions d’euros d’économies sur l’exercice 2012. «Il y a 6 ans, la vente d’appareils représentait 95% de notre chiffre d’affaires. Désormais il s’agit de 50%», résume Carlo van de Weijer, responsable des systèmes de transport au sein de la société. Le but est désormais de vendre les données de trafic aux particuliers, mais aussi aux administrations. Ainsi, la Ville de Zurich est cliente de TomTom pour la planification de ses travaux pour les routes, afin de fluidifier le trafic. «Nous obtenons chaque jour quatre milliards de mesures, c’est une base de données importantes que nous voulons vendre, même en partie à certains de nos concurrents», poursuit Carlo van de Weijer.

Au fait, TomTom vend-il toujours des données à la police néerlandaise pour l’aider à installer ses radars? «Non, c’était une mauvaise idée et nous ne le faisons plus», assure le responsable. Au printemps, TomTom avait présenté ses excuses après l’éclatement de cette affaire.