Ce fut un long trajet. Le convoi de déchets nucléaires tant redouté s'est invité mardi sur les chaînes allemandes d'infos qui ont relaté sa pérégrination à travers le pays quasi en direct. On a surtout parlé d'un train fantôme. Rares étaient les images du dangereux tortillard. Quelques vues furtives permettaient à peine de distinguer les six fameux «castors», l'abréviation de «Cask for Storage and Transport of Radioactive Material». Le blanc immaculé des conteneurs blindés contrastait avec la dangerosité de leur contenu. Une ruse pour détourner l'attention?

Le train n'a pas manqué de jouer à cache-cache avec les télévisions en changeant d'itinéraire. Ça n'a modifié en rien le scénario cousu de fil blanc: les manifestants sont les héros du spectacle. Le visage déterminé, ils parlent comme de grands prêtres, mélangeant la morale, le droit et la liberté. Leur sit-in coloré le long des voies met les nerfs des policiers casqués à rude épreuve. Quand un groupe réussit à s'asseoir sur les rails, il en est aussitôt délogé, manu militari. On joue au chat et à la souris, les gestes sont parfaitement réglés, les messages codés. La protestation tient du rite.

Kassel, Hanovre… Le train aurait fait deux pauses. On n'en a rien vu. Dommage, cela aurait été l'occasion d'interroger le pilote de la locomotive. Qu'éprouvait-il à l'approche de ces milliers de manifestants résolus à stopper sa marche?