Trois start-up façonnent le futur participatif des services 2.0

Innovation Flitto, EatWith et Qipp développent un modèle d’affaires basé sur le partage

Les utilisateurs collaborent à l’offre et au fonctionnement de ces plateformes

Pourquoi aller au restaurant si je peux dîner chez un particulier? A l’avenir, l’économie sera partagée. C’était l’une des grandes tendances de la 9e édition de Lift, le rendez-vous de l’innovation numérique qui s’est tenu la semaine dernière à Genève. Un concept où les utilisateurs d’un service collaborent à son fonctionnement.

Trois start-up en sont les ambassadrices. Ainsi EatWith – le Airbnb pour les gastronomes – mise sur l’implication de son réseau d’hôtes et d’invités pour s’étendre. Le service de traduction Flitto base son modèle d’affaires sur le crowdsourcing (l’usager participe à la création du service). Enfin, Qipp se voit en futur réseau social d’objets.

A la clé, de nouveaux services qui bouleversent les acteurs historiques du marché.

La gastronomie chezles locaux

Fatigué d’écumer les restaurants à touristes ou tout simplement avide de rencontrer et d’échanger avec des locaux lors de vos voyages? Avec EatWith, payer pour partager un repas de qualité et convivial dans une ville inconnue avec des habitants du coin est désormais à portée de clic.

Le site offre aux internautes la possibilité de découvrir une ville et ses habitants à travers la gastronomie. Le système est simple: un hôte propose d’organiser chez lui une soirée payante autour de la nourriture. Les invités peuvent choisir tout un lot de destinations à travers l’Europe et le monde.

Déguster un pachamanca au Pérou, une paella à Valence ou des sushis à Shinagawa au Japon n’a jamais été aussi accessible et authentique. La plate-forme vient de s’ouvrir au territoire suisse. En tout, plus de 30 pays sont disponibles.

La start-up israélienne, lancée en janvier 2013 dans les villes espagnoles de Barcelone et Tenerife, a essaimé dans toute l’Europe, puis le monde. «Nous sommes devenus populaires en très peu de temps, explique Joel Serra, hôte barcelonais et community manager chez EatWith. Désormais, l’enjeu est de maintenir l’authenticité des rencontres, tout en assurant un service de qualité aux invités.»

A cette fin, le site propose à ses hôtes un soutien pour la préparation des menus, des cours de cuisine et des cours de photographie. «La qualité de la nourriture est aussi très importante, précise-t-il, Nous avons des invités blogueurs qui vérifient la qualité de l’accueil et des repas.»

Le principe est similaire à celui du site Airbnb qui propose des logements appartenant à des particuliers, sauf qu’ici l’aspect social de la rencontre et du partage culturel est ajouté. Une autre façon de découvrir ses prochains lieux de vacances, voire sa propre ville.

L’objet de tous vos désirs

Un objet cher vous est enlevé et tout est dépeuplé? Ce n’est plus le cas avec Qipp. Cette start-up propose un «assistant pour les objets préférés». Les particuliers peuvent organiser leurs propres objets préférés, préserver leur valeur, les partager avec d’autres utilisateurs. Un propriétaire peut prendre la photo de son objet, y associer la garantie, le manuel d’utilisation ou prévoir la date du prochain service de nettoyage.

L’application de la start-up zurichoise, qui a reçu jeudi le prix de l’innovation entrepreneuriale à Lift, se veut comme un véritable centre de contrôle de nos possessions matérielles. Tout en offrant des services utiles: le retour d’objet perdu, au centre de Qipp, mais facultatif, est facturé 4,90 francs. C’est cher, mais la durée de validité est illimitée. Ajouter une assurance vol jusqu’à concurrence de la franchise d’une assurance responsabilité civile coûte 19,90 francs par an.

Prochainement, les fabricants pourront proposer aux utilisateurs des informations ou des accessoires pour leurs produits. Bref un véritable «Facebook» des objets.

Voltigeur de la traduction

Avec l’application Flitto, fini les programmes informatiques de traduction approximatifs, ce sont les utilisateurs qui se traduisent les uns les autres.

La start-up coréenne offre une alternative originale au service de la multinationale américaine. Elle a remporté mardi dernier à Lift 14 la compétition internationale Seedstars World de la start-up prometteuse.

«Si vous ne comprenez pas une langue et que vous voulez traduire un signe coréen en français, tout ce que vous avez à faire est de prendre une photo, de l’envoyer à Flitto et dans la minute qui suit, les autres utilisateurs le traduiront, selon votre envie, dans votre langue maternelle ou dans l’une des seize autres langues disponibles», explique Simon Lee, fondateur de la start-up.

Côté coût, le service revient à quelques centimes ou «points Flitto». Ces derniers étant obtenus lorsque l’utilisateur répond à des demandes de traduction. Lancé en septembre dernier, Flitto revendique près de trois millions d’utilisateurs, dont 800 000 traducteurs, dans 170 pays.

Si la proposition d’un traducteur est choisie comme étant la meilleure, ce dernier obtient des points qui peuvent être échangés contre de l’argent réel et déposé sur un compte en banque ou PayPal. Les traducteurs peuvent aussi utiliser leurs points engrangés pour demander des traductions.

La force de Flitto réside dans son approche centrée sur l’utilisateur. Tout le monde a besoin de traducteur et tout le monde peut traduire soit des textes courts, soit des images ou encore des sons.

De son côté, Flitto fait office de plate-forme d’échange et de décision. «Les traductions sont correctes à 93%, précise Simon Lee, mais notre service, contrairement aux traducteurs professionnels, est plus rapide et surtout beaucoup moins cher.»

Avec ces trois start-up «s’ouvre l’ère de l’économie collaborative, entre particuliers, mais surtout entre utilisateurs et entreprises, décrypte Hannes Gassert, membre de l’équipe éditoriale de Lift. Un fonctionnement qui remet en cause le modèle d’affaires des géants de l’Internet. A quand un moteur de recherche où les demandes seront gérées par la masse des utilisateurs?