Dès janvier2002, une des régions les plus peuplées de Suisse va accoucher d'un nouveau quotidien: la Mittelland Zeitung. Avec un tirage estimé à plus de 200 000 exemplaires et 374 000 lecteurs, le nouveau titre pointera au troisième rang des quotidiens suisses, derrière le Blick et le Tages Anzeiger. La naissance de ce géant est le résultat d'une longue année de négociation entre quatre journaux: l'Aargauer Zeitung, la Solothurner Zeitung, l'Oltner Tagblatt et le Zofinger Tagblatt.

Le but de l'opération, ont expliqué mercredi à Olten les quatre éditeurs concernés, consiste à offrir à la région du Mittelland un quotidien important et indépendant, capable de concurrencer les grands quotidiens de Zurich, Bâle et Berne. Cette synergie, ils s'en sont convaincus, leur permettra d'offrir un journal de qualité aux lecteurs du Plateau: une région économiquement «attrayante» et stratégique entre Zurich, Berne et Bâle, avec un public disposant d'un pouvoir d'achat au-dessus de la moyenne nationale. Et Ernst Grab, directeur de Publicitas, de préciser «qu'avec 40% de lecteurs âgés de moins de 40 ans, et un lecteur sur trois habitant en zone urbaine, le titre occupera effectivement une position de force sur le marché des annonceurs.»

Pour accoucher du nouveau titre, les quatre éditeurs – les groupes AZ Medien AG, Vogt-Schild Holding AG, Dietschi AG et Zofinger Tagblatt AG – ont formé un consortium, présidé par Peter Wanner, actuel éditeur de l'Aargauer Zeitung (lire en page2). Hier, ils ont présenté à la presse la maquette du futur bébé, très inspirée de la version actuelle de l'Aargauer Zeitung. Attention, «il ne s'agit pas d'une fusion, mais bien d'une collaboration», a précisé Peter Wanner. Le contrat porte jusqu'en 2006. Mais les quatre éditeurs estiment tout à fait réalisable d'opérer un nouveau rapprochement après cette date. Pratiquement, les quatre premiers cahiers, comprenant notamment les rubriques suisse et internationale, seront produits à Baden, par la rédaction de l'Aargauer Zeitung. Le cinquième cahier, lui, variera selon les régions. Il continuera d'être produit par les différentes rédactions. Peter Wanner a cependant assuré qu'aucun emploi ne serait supprimé, tant du côté des rédacteurs que de l'édition. Les rédacteurs en chef des différents titres resteront eux aussi à leur place. Mais, «nous n'excluons pas toutefois quelques mouvements entre les rédactions», a-t-il ajouté.

Depuis sa fusion en 1996 avec le Badener Tagblatt, l'Aargauer Zeitung est très vite devenue un quotidien incontournable en Suisse alémanique. «La fusion fut un processus difficile, qui a finit par renforcer la rédaction», raconte Peter Wanner. L'engagement financier de son éditeur, ainsi que le recrutement de journalistes d'enquête a permis au titre de se faire une place face aux grands quotidiens des villes voisines. «Le Mittelland n'a pas de centre urbain ou culturel, rappelle Peter Wanner. C'est pourtant, avec presque 800 000 habitants, une région très peuplée. Le nouveau journal devrait lui permettre de se faire entendre.»

Le bon choix stratégique

Cela fait plusieurs années que Peter Wanner cherchait un ou plusieurs partenaires pour mener à bien ce projet. On avait parlé d'un accord avec le Bund, propriété de la NZZ. Mais l'aventure avait tourné court. Selon Peter Rothenbühler, témoin attentif des évolutions médiatiques outre-Sarine, en s'alliant à des quotidiens plus petits, l'éditeur argovien a fait le bon choix. «Peter Wanner va créer un nouvel éditeur important dans le monde de la presse suisse, explique-t-il. En cela, il a gagné une bataille. Cela va accentuer la concurrence qui règne déjà entre les trois grands groupes actuels (NZZ, Ringier et Tamedia, ndlr).» Du côté des grands journaux zurichois, on refuse pour l'heure de commenter l'arrivée de ce nouveau titre.