FICTION

Pour la TSR, développer des sitcoms est un moyen de gagner son indépendance

«Les Pique-meurons», la nouvelle comédie de situation de la TSR, est en tournage. Deux autres séries sont en développement. Le but de la Télévision romande est de diffuser 40 épisodes originaux en 2001, tous sitcoms confondus

La scène se passe dans un chalet spacieux. Deux hommes, Bernard (Alain Monney) et Marco (Philippe Mathey), discutent ferme. Ils sont convaincus que Léa (Lolita Morena), la femme du premier et l'ex-compagne du second, est enceinte. Ils cherchent le coupable. «En tout cas, ça peut pas être moi, depuis ma vasectomie…» dit le mari. Autre épisode, même décor. Julie (Aria Thomas), la fille de Léa, attend un ami. Lorsqu'elle accueille le jeune adolescent, Léa est prise pour la sœur de Julie. Un quiproquo que Léa entretiendra, provoquant une brouille familiale clairement sous-tendue d'enjeux sexuels.

Hier, La Télévision suisse romande (TSR) a dévoilé à la presse deux épisodes de sa nouvelle comédie de situation (ou sitcom): Les Pique-meurons *. L'expression, selon Gérard Mermet, un des deux auteurs avec Alain Monney, est utilisée en Savoie pour décrire ces Genevois qui viennent passer leur fin de semaine dans la région et qui se montrent pingres. La série met en scène une famille de citadins romands dont le chalet de montagne est le refuge de week-end. Un cadre assez précis pour raconter «des histoires d'ici», comme dit Gérard Mermet, et assez général pour intéresser tous les Romands. Résultat: un objet assez étrange qui hésite entre audace et convention.

Première réussite: oubliée la suissitude qui collait comme de la mauvaise fondue aux semelles de précédents sitcoms TSR (Arrêt buffet, La petite famille). Si le contexte est clairement identifié (les plans de coupe cadrent prairies et vaches), on ne joue pas ici la carte du terroir. Cette série familiale est de plus parsemée de réjouissantes entorses aux mœurs cathodiques. Le couple Bernard-Léa passe ses dimanches avec le copropriétaire du chalet qui n'est autre que l'ex de Léa. Un trio pas si commun le samedi à 18 heures, surtout à la TSR (dans cette case horaire, la TSR diffuse actuellement Les couche-tôt, une émission pour enfants). Comme les deux extraits ci-dessus le montrent, les dialogues sont incisifs et le ton assez libre. Des quinze épisodes de la première saison (douze ont déjà été tournés), certains osent aborder des thèmes grinçants: la concupiscence, l'avarice, etc.

Malheureusement ces petites crises de folie sont enrobées de bonne grosse normalité qui empêche la série (ou du moins les deux épisodes présentés hier) de décoller vraiment. Comme si les scénaristes avaient été effrayés de leur propre audace. On est encore loin des meilleurs sitcoms anglo-saxons. Aux Etats-Unis et en Angleterre, ce genre télévisuel strictement codifié (tourné en public, un sitcom dure vingt-six minutes environ, le temps de raconter une histoire bouclée, par définition, elle doit faire rire) a produit, dans un contexte difficilement comparable avec la Suisse, des petits joyaux d'inventivité visuelle (Dream On) ou de provocation (Sex and the City, série qui a fait d'un vibromasseur l'enjeu d'un épisode, ou Ab Fab). Gérard Mermet avoue d'ailleurs «avoir bouffé» de ces productions. C'est que les moyens, en Suisse romande, sont modestes pour créer un sitcom. Le budget d'un épisode des Pique-meurons est de 100 000 francs. Par comparaison, la production de Blague à part (un des trois sitcoms coproduits par Canal +) dispose de 500 000 francs pour la même somme de travail. Chaque épisode des Pique-meurons a été tourné en quatre jours: lecture et répétition le lundi, filage le mardi, tournage les mercredi et jeudi. Un rythme intensif qui permet de respecter un budget calculé au plus près. Paradoxalement, la comédie de situation reste le genre qui offre à la TSR la plus grande liberté.

«Donner un sentiment identitaire aux Suisses via des images d'information, c'est facile, analyse Raymond Vouillamoz, directeur des programmes de la TSR. Le faire à travers de la fiction, c'est beaucoup plus dur. Les téléfilms sont très chers et ils nous obligent à tourner des coproductions.» Le sitcom, lui, avec sa vingtaine de minutes, autorise «la production massive d'un message suisse» que Raymond Vouillamoz juge essentiel à la survie de la TSR. «Votre télévision» parie donc très largement sur le sitcom pour les années à venir. Dix nouveaux épisodes des Pique-meurons sont en écriture. Deux autres séries sont en développement. Chronique (titre provisoire), écrite par Léa Frazer (auteur de plusieurs épisodes de Bigoudi), sera tournée en mai 2000. En septembre 2000 devrait commencer le tournage de Paul et Virginie (titre provisoire, auteur Jean-Alexandre Blanchet). Le but avoué de Raymond Vouillamoz: diffuser pour l'an 2001 40 épisodes originaux, toutes séries confondues.

* 1re diffusion le samedi 8 janvier 2000, à 18 h 45.

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