«Big Brother Suisse. La débilité dans toute sa normalité. Dès le 3 septembre» C'est avec ce slogan que TV3 se lance dans sa deuxième année d'existence. A moins que ce ne soit simplement la seconde et dernière. Big Brother raconte la vie réelle (?) de dix participants reclus dans un container et leur élimination successive. vingt-six caméras et 60 microphones tournent 24 heures sur 24 durant 100 jours derrière des vitres teintées. Ce life-soap qui fait d'un simple pékin une star, doit arrimer la chaîne privée suisse au paysage médiatique d'outre-Sarine. La bouée de la dernière chance somme toute, tant cette première année fut un exercice difficile pour la télévision de TA-Media et de son partenaire américain UPC.

Jürg Wildberger annonçait en juillet 99 briguer les 10% de parts de marché des 15-49 ans dès la première année. Pari non tenu: TV3 se contente de 4,1% pour le deuxième trimestre 2000, soit une hausse de 0,3 point par rapport au premier trimestre. «Nous savons aujourd'hui quelles sont nos forces et nos faiblesses, explique le patron de la chaîne. Pour réussir, il nous faut de nouvelles émissions, elles doivent être différentes de la concurrence et les thèmes parler aux jeunes.» Exit donc, les émissions érotiques, les shows de comiques qui ne faisaient rire personne. TV3 se concentrera sur les jeux, les talk-shows, les reality-shows, les séries TV américaines (Southpark, Friends) et… Big Brother. Vu le succès de la série en Allemagne, Jürg Wildberger pense atteindre 6% de parts de marché des 15-49 ans. Lorsque le life-show était diffusé en Allemagne, il faisait 12% de parts de marché parmi le public suisse, (toutes tranches d'âge confondues).

Comme pour Expedition Robinson, TV3 va user le concept jusqu'à la corde. Du lundi au vendredi, une émission de 50 minutes fera le résumé de la journée, alors que le dimanche sera consacré à celui de la semaine, suivi d'un talk-show avec les parents, les amis, avec les exclus enfin. Un dimanche sur deux en effet, le public éliminera un candidat jusqu'au final de la fin décembre, où le vainqueur empochera la somme de 150 000 francs. Mais à la différence d'Expedition Robinson, Big Brother est une émission quotidienne et non hebdomadaire. Une chance unique pour TV3 de fidéliser enfin le public en prime time, ce qu'elle n'avait jamais réussi jusqu'ici. TV3 compte aussi amplifier la fidélisation avec un merchandising très développé, qui va de la traditionnelle casquette de base-ball au CD, voire au CD-Rom.

Enfin, last but not least, l'émission est accompagnée d'une véritable stratégie multimédia mise sur pied en compagnie de Bluewin. Sur le site Internet (www.bigbrother.ch) les internautes pourront suivre à la minute les évolutions du groupe grâce à huit caméras. Big Brother aura une rédaction de quatre personnes, éditant un magazine papier de 52 pages. Diffusé une fois par semaine le jeudi, il sera tiré à 60 000 exemplaires. L'émission a aussi son site Internet et sa rédaction on line de cinq personnes: elle résumera tous les jours à 19 heures les événements de la journée. L'internaute pourra bien sûr envoyer des messages, des cartes de félicitations. Il pourra consulter le journal intime des habitants du container et discuter avec les participants exclus. Pour les plus mordus, un service d'informations SMS quotidien a été mis sur pied. Car aux dires de TV3, le public de Big Brother est tout à la fois, aisé, matérialiste, tolérant, narcissique. C'est surtout un passionné de nouvelles technologies.

Bluewin reprendra dès le 3 septembre Big Brother sur son portail. Sur les 26 caméras qui surveillent les dix participants, huit sont des webcam. La moitié est dévolue à un public payant. L'internaute pourra donc suivre en direct la vie à bord du container, en choisir les angles, les discussions, les protagonistes. Bluewin compte 50 millions de visites par mois sur son portail. «Nous calculons 19 millions de visites supplémentaires grâce à Big Brother», espère Marc Werner, directeur marketing. Le fournisseur Internet entend ainsi installer définitivement dans la tête du public son récent changement de nom et rassembler des expériences pour l'avenir.

Big Brother est donc un très gros projet, «une télévision dans la télévision» selon les mots d'un organisateur. cent vingt personnes y travaillent, dont 70 à la production, de la construction du studio aux différentes rédactions. Il a fallu aussi trouver des solutions pour résumer chaque jour en 50 minutes les 96 heures quotidiennes de tournage (!). Ainsi une personne est chargée du derushage live, afin de faciliter le travail au montage.

Big Brother fait le saut avant d'autres dans les technologies du futur et devrait permettre à TV3 de sortir un peu plus de l'indifférence dans laquelle la chaîne privée est encore confinée. Big Brother ne dure cependant que jusqu'à Noël, soit pas suffisamment pour s'établir définitivement.