C'est dans une véritable pétaudière audiovisuelle qu'a atterri ces jours-ci Jean Stock, le PDG de TV5 en visite au Japon. La chaîne publique francophone a en effet disparu subitement des écrans le soir de Noël, après six mois de diffusion clandestine au sein du bouquet satellite Sky Perfect. Un forum intitulé «Pour garder TV5 au Japon» a été créé sur un site Internet spécialisé* et a reçu à ce jour plus de deux cents lettres.

«L'affaire TV5» remonte à 1999: le Japon reste alors un point aveugle pour la chaîne qui se targue d'être vue partout. La raison est à la fois financière et juridique: diffuser une chaîne étrangère dans l'archipel, y compris sur le satellite, coûte très cher et requiert une licence délivrée par le Ministère nippon des télécommunications. Or les opérateurs candidats doivent être japonais; seulement 20% de leur capital peut appartenir à un étranger. La BBC anglaise est ainsi représentée par le groupe Nissho Iwai. Fin 1999, TV5 traite donc avec un partenaire nippon baptisé «les amis de TV5». Un précontrat est signé. La licence demandée est accordée en avril.

Cependant, fin juillet 2000, la chaîne francophone, mécontente du comportement de ses «amis» nippons qui ne respectent pas ses recommandations techniques et n'apportent pas les investissements prévus, décide de leur interdire l'utilisation du signal. Bref, de leur couper le robinet à images. Ceux-ci passent outre et diffusent ledit signal sur Sky Perfect en le piratant! Plus grave: à peine la diffusion a-t-elle débuté que les «amis de TV5» s'égaillent. Plusieurs actionnaires pressentis ne sont pas au rendez-vous. L'ombre des yakusas, les mafieux nippons, se met à planer au-dessus de l'affaire.

«Rien ne va plus»

Après avoir soutenu à fond l'entreprise, les diplomates français de Tokyo freinent des quatre fers. L'ambassade de Suisse, qui avait été contactée pour co-organiser une conférence de presse «francophone» de lancement le 27 juin 2000, est avertie au dernier moment que «rien ne va plus». Les téléspectateurs de l'archipel profitent encore quelques mois du signal piraté. Puis leur écran redevient noir fin décembre, sans explication.

Jean Stock a remis hier à Tokyo le dossier dans les mains de banques chargées de trouver un nouvel opérateur «crédible et solide». Pour le PDG – qui n'a intenté aucun procès à ses anciens alliés japonais – la rocambolesque affaire n'est qu'un malheureux concours de circonstances. Certains aimeraient toutefois comprendre comment TV5, l'ambassade de France et les autres instances concernées ont pu être aussi facilement dupées. D'autant que la licence satellite reste aux mains de ces ex-«amis de TV5». La chaîne francophone, pour sa part, affirme qu'une nouvelle licence peut être demandée, le parlement nippon envisageant de remanier la législation. Elle a aussi réaffirmé qu'elle dispose au Japon d'une licence câble, mais les câblo-opérateurs nippons, jugeant le marché trop étroit, n'en veulent pas.

* www.france-japon.net (forum «Garder TV5 au Japon»).