Twitter, le service qui permet d’envoyer des messages de 140 caractères, est au cœur de l’actualité via son utilisation lors des événements en Iran. Interview de son directeur, Biz Stone, 35 ans, de passage lundi dernier au Festival de la publicité à Cannes pour nouer des liens avec les publicitaires et les grandes marques.

Twitter reste un service gratuit, générera-t-il un jour un chiffre d’affaires conséquent?

Biz Stone: Nous ne pouvons pas parler de recettes en 2009. C’est une année d’expérimentation de notre modèle économique. Il s’agit de nouer des liens avec les grandes marques et de voir les services dont elles ont besoin. De nombreuses marques utilisent Twitter pour interagir avec leurs clients. Des sociétés comme Jetblue, Comcast, Dell ou Whole Foods tirent avantage de Twitter. Pour l’instant, elles créent des comptes gratuits. Nous voulons tester les usages commerciaux de Twitter sans nous aliéner les «followers» (membres). Nous pouvons créer des comptes commerciaux payants avec des fonctions améliorées. Mais le service Twitter continuera à être gratuit.

– Avez-vous refusé une offre de rachat de Facebook qui valorisait Twitter 500 millions de dollars et pourquoi?

– Nous n’étions pas intéressés par cette offre. La société avait à peine deux ans. Nous voulons montrer que nous pouvons nous développer et gagner. Nous ne sommes encore qu’à 1 ou 2% de notre aventure. L’entreprise a franchi la barre des 50 employés. Nous sommes bien financés pour l’instant.

– Quelles sont vos relations avec Facebook, Google et les médias traditionnels?

Avec Facebook, nous avons des zones de recouvrement, mais nous sommes de plus en plus complémentaires. Twitter n’est pas un réseau social, mais un réseau de communication qui tisse des relations sociales. Nous ne concurrençons pas Google. Nous ne proposons pas un moteur de recherche qui couvre Internet, mais seulement Twitter. Nous restons focalisés sur la création, le partage et la recherche des tweets (messages). En ce qui concerne les médias traditionnels, nous sommes complémentaires. Lors de certains événements, nous avons devancé les agences de presse. Mais nous n’avons ni la mise en perspective ni l’analyse journaliste.

– Lors des événements en Iran, quel rôle a joué Twitter et est-il exact que le gouvernement américain vous a demandé de décaler une opération de maintenance qui risquait d’interrompre votre service?

Lors des événements en Iran, la chose importante à retenir est le rôle crucial que joue une plate-forme ouverte d’échange d’informations. Il ne s’agit pas uniquement de Twitter. Cela aide les gens à partager ce qu’ils savent, à raconter ce qui est en train de se passer. Concernant l’opération de maintenance, nous l’avions décalée plusieurs fois. Nous étions convenus avec notre partenaire NTT America que ce serait le 19 juin. Nous avons eu des réactions des membres de Twitter nous disant que nous ne pouvions pas faire cela à cause des événements en Iran. Nous avons reçu une demande du gouvernement américain, mais en aucun cas un ordre ou une injonction. Cela prouve que le gouvernement reconnaît la valeur de l’outil. Mais c’est nous qui avons pris la décision de retarder de quelques heures l’opération de maintenance et d’en réduire la durée.