«Les Bernois sont persuadés de se suffire à eux-mêmes, rit-il. Zurich, pour eux, ce n’est pas l’Afrique mais presque.» Pedro Lenz, c’est un rire généreux. Il a dit un jour qu’il partageait avec Roger Federer ce souci de ne pas paraître trop grand. Or, lui, il est très grand. Né à Langenthal, binational suisse et espagnol, Pedro Lenz, 45 ans, est poète, chroniqueur, fou de sport et alchimiste du dialecte.

De ses histoires du quotidien racontées dans un café naissent de belles rencontres avec les tics de son canton. «Je reste à Berne parce que c’est confortable et que je suis paresseux. Ici quand tu es accepté, tu appartiens à la famille. Les Bernois n’aiment personne plus qu’eux-mêmes. Or, paradoxalement, ils ont peur de gagner. Voyez les Young Boys, vingt-cinq ans qu’ils n’ont pas de sacre et ils tremblent quand celui-ci s’approche!»

A Berne, la culture du dialecte dispose d’un terrain fertile. De la tradition des «troubadours», toujours entretenue par des Polo Hofer, Züri West ou Stiller Has, est née une sacrée fierté. Avec d’autres poètes, Pedro Lenz a fondé le collectif de performance Bern ist überall (Berne est partout).

«Je crois aussi qu’il y a plusieurs identités bernoises. Berne et Bienne, ce sont des antagonismes. De plus, il y a cette tension entre ville et campagne. Une sorte de snobisme de la première. Les Bernois de la ville n’ont pas oublié qu’ils furent une puissance avant de perdre au XVIIIe. Ils sont encore blessés.» Une spécificité bernoise? «On souhaite bon dimanche le jeudi. Pas parce qu’on est en avance mais parce qu’on baigne dans l’anachronisme. J’aime ça.»