Le marché gris prend de multiples formes. Au point qu’il est parfois organisé par les marques elles-mêmes. Dans une récente interview accordée au site Wordtempus , l’homme d’affaires Ma urice Goldberger racontait comment il est contacté par pratiquement tous les grands noms de l’horlogerie helvétique pour racheter et écouler leurs invendus. Il s’occupe ensuite de les écouler chez des détaillants… qui s’engagent à ne jamais exposer ces «vieux» produits en vitrine. Mais il s’agit là davantage d’un discret déstockage que d’un véritable marché parallèle.

L’un des plus grands royaumes du marché gris est les Etats-Unis. Confortés par une législation et une culture qui poussent probablement davantage à la concurrence qu’en Europe, les détaillants y sont beaucoup moins «maîtrisables» qu’en Europe. Pour l’instant, la législation permet encore aux grands groupes de luxe d’empêcher que des discounters locaux puissent s’approvisionner sur le marché parallèle en modèles qui n’étaient pas destinés au territoire américain.

L’administration Obama saisie du dossier

Mais la situation pourrait changer rapidement. S’estimant lésée par la chaîne Costco qui proposait à ses clients des modèles Omega Seamaster soldés, acquis hors des Etats-Unis, la marque du Swatch Group avait attaqué l’an dernier ce distributeur devant la justice. Réaction de Costco: elle estime que les dispositions légales qui protègent encore les groupes étrangers (en leur permettant, grâce à des copyrights, de confiner le marché dans les frontières américaines) ne sont plus en adéquation avec la jurisprudence de la Cour suprême.

Depuis 1998, cette dernière estime que les sociétés américaines ne peuvent pas empêcher la réimportation, via le marché parallèle, de leurs produits écoulés à l’étranger. Permettre à des horlogers suisses de continuer sur cette voie constitue une inégalité de traitement, argumente Costco. L’administration Obama elle-même est actuellement en train d’évaluer le dossier.

Cas australien

On notera que globalement, le droit anglo-saxon est en porte-à-faux avec les besoins des géants du luxe. Le récent licenciement responsable de Swatch Group pour l’Australie a ainsi mis en lumière que ce pays interdit purement et simplement toute édiction de prix. Elle prohibe de surcroît toute punition à leur encontre – par exemple en les contraignant à acheter plus cher une prochaine livraison – s’ils décident de brader leurs stocks. A quelles conditions que ce soit.